Les voix qui réclament un deuxième référendum sur le Brexit se font de plus en plus fortes et de plus en plus nombreuses.

L’impossible rêve de Theresa May

ÉDITORIAL / La première ministre britannique, Theresa May, a préféré battre en retraite plutôt que de subir la cuisante défaite qui s’annonçait si le Parlement avait voté aujourd’hui, comme prévu, sur l’entente du Brexit négociée avec l’Union européenne. Selon Sky News, l’entente aurait été rejetée par 422 voix contre 186 (31 indécis, et 11 abstentions).

Elle retourne donc à Bruxelles pour clarifier, et non renégocier, les termes de l’accord qui accrochent, sur la frontière avec l’Irlande, c’est-à-dire avec l’Europe. Cela ne fera sans doute que retarder l’échéance. Quoi qu’elle obtienne comme éclaircissement, les députés d’Irlande du Nord (DUP) ont déjà annoncé qu’ils rejetaient l’accord dans sa forme actuelle, éclaircissements ou pas.

Londres est dans une impasse, et pour plusieurs raisons.

Le Oui du référendum a été obtenu sous de fausses représentations et après une campagne dans laquelle le camp du Brexit a triché avec la loi, avec les finances et avec les données des électeurs.

Les attentes créées par des promesses irréalistes ne pourront pas être comblées, et cette réalisation devient plus évidente de jour en jour. La possibilité d’un deuxième référendum est pour l’instant écartée, tant par le gouvernement en place que par l’opposition travailliste, mais les voix qui le réclament se font de plus en plus fortes et de plus en plus nombreuses.

L’option souvent évoquée d’une entente «Norvège Plus», où la Grande-Bretagne joindrait les pays membres de L’Association européenne de libre-échange (AELE), ne semble pas plus réaliste. La Norvège y est opposée d’une part, et les conditions actuelles de l’entente entre l’Europe et l’AELE seraient jugées inacceptables par les Britanniques.

Le problème de la frontière irlandaise est pratiquement insoluble. L’Irlande du Nord ne veut ni d’une frontière qui entraverait les échanges avec la République, ni d’une frontière entre les deux îles britanniques, ce qui reviendrait à l’exclure de la Grande-Bretagne.

La République irlandaise ne veut pas plus se voir coupée de l’Europe, et vice-versa. Le coordonnateur des négociations pour le Parlement européen, Guy Verhofstadt, a réitéré hier que «nous ne laisserons jamais tomber les Irlandais».

Cette question est au cœur de l’opposition à l’entente débattue pendant trois jours à Westminster, et rien n’annonce une solution à l’horizon. La Cour européenne de justice a de plus mêlé les cartes hier, avec une décision qui reconnaît que Londres pourrait unilatéralement mettre fin au Brexit et demeurer au sein de l’Europe aux mêmes conditions qui prévalaient avant le référendum.

Cela signifie que, contrairement aux prétentions de Mme May, le choix ne se limite pas à accepter l’entente négociée, ou alors quitter l’Europe sans entente. Il existe désormais une troisième option, mais la Cour a spécifié que l’annulation de Brexit devrait toutefois «suivre un processus démocratique».

La triste réalité, du point de vue des partisans du Brexit, est qu’il est pratiquement impossible de dénouer les liens que l’intégration européenne a créés. Les Britanniques devront payer un prix élevé pour s’en retirer, contrairement à ce qu’on leur a fait croire, ou alors ils doivent se résoudre à de sérieux compromis et accepter un partage des pouvoirs avec le continent européen, comme le font les membres de l’AELE.

Ce sera l’un ou l’autre. Et pour l’instant, ni l’un ni l’autre ne sont acceptables aux yeux des responsables du Brexit. Le divorce doit avoir lieu en mars 2019, il ne reste plus beaucoup de temps et le réveil s’annonce brutal.