L'harmonie Ottawa-Québec

Québec et Ottawa ont finalement conclu à la veille du déclenchement des élections une entente sur la formation de la main-d'oeuvre. C'est ce qu'on appelle prévenir les coups. Le gouvernement Harper avait tout avantage à ne pas s'enfoncer dans un «fédéralisme prédateur» à ce moment-ci. Et celui de Pauline Marois, à défendre les intérêts des gens sans emploi et à respecter le consensus établi au Québec, plutôt que de vouloir démontrer à tout prix qu'il est impossible de s'entendre avec le fédéral.
Après avoir voulu pendant des mois imposer sa façon de faire en matière de formation de la main-d'oeuvre, Ottawa accepte finalement de respecter celle établie depuis plus de 15 ans au Québec. Le gouvernement fédéral continuera donc de verser environ 116 millions $ par année au Québec, et ce, pendant six ans. La province, les employeurs, les syndicats et les établissements d'enseignement utiliseront ces millions de dollars pour former les travailleurs, les jeunes et les plus âgés, les bénéficiaires d'aide sociale, les immigrants et les personnes handicapées, selon les besoins qu'ils auront identifiés, et non pas Ottawa.
La ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais, a salué mardi l'ouverture et la souplesse d'esprit de son homologue fédéral Jason Kenney qui a reconnu le caractère unique de l'expertise et du savoir-faire québécois. De son côté, le ministre conservateur a souligné que cette entente était «une preuve de comment le fédéralisme d'ouverture peut fonctionner».
L'histoire ne dit pas si le ministre des Finances, Jim Flaherty, qui s'est montré plus d'une fois tranchant et peu respectueux des compétences des provinces, partage l'avis de son collègue Kenney. Chose certaine, les citoyens aimeraient sûrement assister plus souvent à ce genre de dénouement plutôt que d'être témoins d'interminables et d'inutiles joutes politiques où leurs préoccupations et leurs besoins deviennent manifestement secondaires pour les politiciens.
En cette période où les deux gouvernements tentent de limiter leurs dépenses, au moment où tous deux souhaitent la croissance économique et la prospérité du Québec et du Canada, il aurait été malvenu d'entretenir des différends, de gaspiller des fonds publics pour remplacer un modèle qui fait l'unanimité et ses preuves au Québec.
Certains ont pu croire que le gouvernement Marois entretiendrait la discorde pour pouvoir se présenter en campagne électorale en disant que le Québec n'est pas respecté à Ottawa, que le fédéral est sourd aux demandes du Québec, qu'il s'immisce dans les compétences de la province et qu'il est donc illusoire d'espérer changer quoi que ce soit dans ce pays.
Une telle approche aurait davantage nui aux péquistes compte tenu du consensus établi au Québec en matière de formation de main-d'oeuvre. La manoeuvre aurait été grossière. Le coup de chapeau d'Agnès Maltais au ministre Jason Kenney visait aussi mardi les membres de l'Assemblée nationale - deux motions dans le dossier de la main-d'oeuvre ont fait l'objet de votes unanimes - et les partenaires du marché du travail (employeurs, syndicats, établissements d'enseignement, ressources communautaires en employabilité). Mme Maltais et le Parti québécois auraient été mal vus de vouloir faire du millage politique aux dépens de tout ce monde-là.
De son côté, le premier ministre Stephen Harper a indiqué que son équipe n'avait pas l'intention de se mêler des présentes élections provinciales. «Nous travaillerons avec le gouvernement élu par les Québécois sur nos intérêts communs comme l'économie, la création d'emplois et la prospérité à long terme.» Il faudra maintenir cette ligne pendant et après la campagne électorale.