L’Association des économistes québécois a sondé ses membres sur les orientations que devrait retenir le nouveau gouvernement en vue de son premier budget. Dans une proportion de 72 %, les économistes ont identifié l’éducation et la formation comme les domaines où le gouvernement devrait augmenter ses dépenses.

Les priorités à la bonne place

ÉDITORIAL / Remettre de l’argent dans les poches des ménages ne devrait pas être la priorité du gouvernement Legault. Selon les résultats de deux récents sondages, le développement des enfants de 0 à 5 ans, l’éducation et la formation devraient davantage guider ses actions. En effet.

L’Association des économistes québécois a sondé ses membres sur les orientations que devrait retenir le nouveau gouvernement en vue de son premier budget.

Dans une proportion de 72 %, les économistes ont identifié l’éducation et la formation comme les domaines où le gouvernement devrait augmenter ses dépenses.

L’accessibilité aux soins de santé s’impose en second et vient par la suite le transport collectif. Privilégier ces secteurs a été jugé plus urgent que la réduction de l’impôt des particuliers et le remboursement de la dette.

Un autre sondage, réalisé par la firme Léger pour le compte de l’Observatoire des tout-petits, montre une grande préoccupation des Québécois pour les très jeunes enfants et les services éducatifs.

En 2015, 38 % des répondants estimaient que le Québec n’en faisait pas assez pour assurer le bon développement des enfants âgés de 0 à 5 ans. En 2018, la proportion grimpe à 62 %.

Toujours en 2018, 75 % des personnes sondées considèrent que le développement des 0 à 5 ans devrait être une priorité des décideurs publics (gouvernement-municipalités). Il y a trois ans, 60 % partageaient cet avis.

À quoi attribuer cette sensibilité accrue au sort des tout-petits?

Les Québécois ont-ils réalisé avec les années «d’austérité budgétaire» du gouvernement Couillard qu’il pouvait être nuisible collectivement et contre-productif de négliger les services à la petite enfance, notamment dans les milieux plus défavorisés?

Les Québécois ont-ils enfin saisi, grâce à des études le confirmant, la pertinence d’intervenir tôt, même durant la grossesse, pour assurer le bon développement des enfants et augmenter la réussite éducative du plus grand nombre?

Est-il devenu plus clair également que les parents ne sont pas les seuls responsables de leur progéniture, que l’ensemble de la société porte aussi une part de responsabilité?

Fournir davantage de logements abordables, faciliter la mobilité, exiger que les employeurs prévoient des mesures de conciliation travail-famille, prévoir des horaires mieux adaptés à la réalité du travail dans les services municipaux, communautaires, sociaux ou de santé sont des axes à développer pour soutenir les familles et leurs bambins, révèle le sondage de Léger.

En campagne électorale, le gouvernement Legault a promis une stratégie pour dépister les troubles de développement et d’apprentissage des tout-petits de 0 à 5 ans.

Le ministre Lionel Carmant indiquait récemment au Soleil que chaque région du Québec pourra compter à cette fin sur une équipe d’intervenants en CLSC d’ici deux ans.

C’est une chose de dépister, c’en est une autre d’intervenir et de ne pas interrompre ou égrainer les services par manque de ressources humaines ou financières.

Ce serait également une erreur de penser que le temps perdu pourra se rattraper en créant partout des maternelles quatre ans. L’Observatoire des tout-petits le rappelle, les 1000 premiers jours de vie de l’enfant sont une période déterminante.

D’où l’importance que le gouvernement ne dilapide pas sa marge de manœuvre budgétaire pour envoyer de petits cadeaux de Noël aux ménages. Une continuité de services publics doit être assurée. 

La prudence est donc de mise. Sur ce point aussi, le coup de sonde auprès des économistes est instructif. Près de 20 % des répondants appréhendent une détérioration de l’économie. L’an dernier, seulement 8 % craignaient un recul. Un surplus budgétaire peut vite disparaître.