«Je reste en place. J'ai été élue par les membres du Bloc québécois», a tranché Martine Ouellet, mercredi.

Les œillères de Martine Ouellet

ÉDITORIAL / En 2005, Bernard Landry a démissionné comme chef du Parti québécois, après un vote de confiance de 76 %. Hier, après avoir perdu 70 % de son caucus, Martine Ouellet refusait toujours d’admettre l’échec de son leadership.

Cherchez l’erreur. 

M. Landry regrettera plus tard ce départ impulsif, soit, mais devant une implosion aussi majeure de son caucus, Mme Ouellet ne peut rejeter le blâme sur personne d’autre qu’elle-même.

La crise que traverse le Bloc est plus profonde que cette seule question de leadership, mais la formation politique n’en serait pas là si Mme Ouellet avait placé les intérêts de son parti adoptif avant les siens. 

Les divergences de vues quant à la promotion de l’option souverainiste ou la défense des intérêts du Québec ne datent pas d’hier. Elles étaient présentes dès la fondation même du Bloc québécois, en 1991. Ce n’est certainement pas ça qui explique la crise qui déchire le caucus parlementaire. 

Ces tensions ne sont qu’une toile de fond sur laquelle se déroule une lutte de pouvoirs entre des députés qui doivent défendre quotidiennement leurs dossiers sur la scène fédérale et une chef déconnectée de leur réalité, qui dirige la formation à distance, et à temps partiel. 

La prochaine élection se profile déjà à l’horizon, et cette échéance n’est probablement pas étrangère au choix qu’ont fait les députés de crever cet abcès dès maintenant. Soit pour donner au parti le temps de retomber sur ses pieds — dans l’éventualité où Mme Ouellet acceptait de se retirer — soit pour se donner eux-mêmes le temps de créer une nouvelle plateforme. 

La prestation qu’a offerte Martine Ouellet hier, après l’annonce des sept députés, a donné une bonne idée du mur contre lequel ils disent se cogner depuis son arrivée à la tête du parti. 

Sa réaction trahit d’abord le déni face au problème existentiel qui menace sa formation. Et son discours reflète cet entêtement aveugle à marteler le mot «indépendance», quel que soit le contexte, comme s’il suffisait de dire la formule magique pour que le souhait devienne réalité. 

Elle invoquait hier l’appui des instances de son parti pour justifier sa légitimité, mais le dernier conseil général n’a pas vraiment témoigné d’une si grande ferveur envers son leadership qu’elle mérite de lui sacrifier la députation au grand complet. 

Le problème du Bloc n’est pas que les députés ne parlent pas assez d’indépendance, c’est plutôt que la chef persiste à réduire ce parti à un simple véhicule de propagande. Le Bloc n’a aucune raison d’être si on limite son rôle à évangéliser les masses pour les convertir aux vertus de l’indépendance. Qui voudra élire le candidat d’un tel parti à une élection fédérale? 

Ce parti a toujours été une construction qui devait beaucoup à la personnalité ou au charisme de ses chefs. Une formation indépendantiste dont les députés sont payés pour siéger au parlement fédéral ne peut échapper à son ambiguïté, mais les électeurs étaient prêts à ignorer cette contradiction dans la mesure où le parti comble un vide que ne peuvent remplir les autres formations fédérales. 

Lorsqu’une majorité aussi forte de la députation, qui avait endossé sa candidature à l’origine, rappelons-le, retire sa confiance envers une leader, il ne reste à celle-ci que bien peu d’options. Martine Ouellet peut sans doute s’accrocher à la tête de son parti, mais le parti n’a pas intérêt à payer un prix aussi élevé pour s’accrocher à elle.