Le peu de poids que François Legault semble accorder à la connaissance du français des nouveaux arrivants est inquiétant.

Les compétences avant le français

ÉDITORIAL / Lorsque vient le temps de choisir des immigrants, le premier, voire peut-être le seul critère de sélection devrait être, selon François Legault de la CAQ, la capacité de répondre aux besoins du marché du travail. De la part d’un homme qui aspire devenir premier ministre du Québec, le peu de poids qu’il accorde à la connaissance du français des nouveaux arrivants est inquiétant.

Bien sûr, la Coalition avenir Québec (CAQ) prévoit que les immigrants devront réussir un test de français trois ans après leur arrivée afin d’obtenir leur certificat de sélection. La députée Claire Samson a produit en novembre 2016 un rapport — Une langue commune à tous et pour tous. Mieux réussir la francisation des néo-Québécois — dans lequel elle propose une série de mesures pour faire de la francisation une «véritable priorité nationale», contribuer à ce que le français soit la langue commune de tous et assurer la pérennité de la langue française. 

Il n’y aurait donc pas à s’inquiéter de la position de M. Legault, qui dans une entrevue au réseau CBC, soutient que le Québec a accordé trop d’importance à la connaissance du français dans la sélection des immigrants?  

Même Philippe Couillard déplore que la CAQ recule sur le français et l’immigration. «Quand on veut être élu à tout prix, on dit n’importe quoi», a lancé jeudi le premier ministre, lors de la période des questions à l’Assemblée nationale.

Le discours de M. Legault est en effet ambigu et adaptable selon l’auditoire qui se présente à lui.

On imagine aisément que devant des entrepreneurs qui peinent à combler des besoins de main-d’œuvre dans différentes régions du Québec, le chef caquiste fera valoir que les qualifications priment sur la connaissance du français. Les affaires et le roulement de l’économie avant la pérennité de la langue et l’intégration des immigrants à la société québécoise.

Devant des Québécois qui s’inquiètent de la pérennité du français, M. Legault se présentera plutôt comme celui qui comblera toutes les lacunes dans la francisation des immigrants. La tache est immense et exigera une grande volonté politique et des moyens efficaces et soutenus. 

Le dernier rapport du Vérificateur général a exposé les nombreux ratés du programme de francisation. Le tiers seulement des nouveaux arrivants qui ne connaissaient pas le français ont suivi un cours pour l’apprendre. Les résultats sont aussi décevants. 

Si M. Legault devient un jour premier ministre, tout ça va changer? 

Le test de la réalité pourrait s’avérer difficile. Que fera-t-il avec les immigrants qui échouent le test de français obligatoire? Il les retournera dans leur pays? M. Legault, qui nourrit beaucoup d’ambition pour l’économie du Québec, retirera cette précieuse main-d’œuvre aux entreprises d’ici qui en ont grandement besoin pour demeurer compétitives? 

Il faudra voir aussi les exigences et les attentes. Suffira-t-il de savoir baragouiner quelques mots pour réussir le test de français? Un gouvernement caquiste donnera droit à combien de reprises? Certains pourraient bien décider de prendre quelques années d’expérience au Québec sans apprendre le français, et offrir ensuite leurs services ailleurs, fort de l’expérience acquise à Montréal, Québec ou Trois-Rivières.

Vendredi, le chef de la CAQ n’a pas voulu s’avancer sur le poids qu’il accorderait au français dans les critères de sélection des immigrants. «30 %? Moins?» lui a suggéré un journaliste de la tribune parlementaire. Après avoir affirmé que le français aura «un certain poids», M. Legault a indiqué vouloir surtout mettre l’emphase sur les qualifications.

La CAQ et son chef veulent incarner le changement. Faut-il pour autant rompre avec la politique linguistique du Québec?