Les antigais s'activent

Il faut plus que des drapeaux arc-en-ciel hissés sur les parlements et les hôtels de ville des capitales pour faire échec à l'homophobie en Russie et ailleurs dans le monde. Aussitôt la flamme olympique éteinte à Sotchi et les drapeaux descendus des mâts, le président de l'Ouganda a promulgué une loi durcissant davantage la répression de l'homosexualité. Une décision qui rappelle la grande fragilité des droits des minorités.
Les dénonciations adressées à la Russie pour contester sa législation interdisant la propagande homosexuelle laissaient espérer que les pays tentés de suivre l'exemple de Poutine ou d'ostraciser encore plus les gais et les lesbiennes mettraient leurs desseins de côté.
C'est oublier que des élus font des gains en diabolisant ceux qui n'ont pas le même profil, les mêmes valeurs, les mêmes goûts et la même orientation sexuelle que la majorité. C'est oublier qu'au nom de la religion, certains sont prêts à persécuter, voire à mettre à mort les homosexuels. C'est oublier qu'au nom de la souveraineté de leur pays, des dirigeants n'ont que faire des mises en garde de la communauté internationale et des organisations prônant les droits et libertés. Ils sont fiers de s'opposer à «l'impérialisme social» occidental.
En Ouganda, les relations homosexuelles étaient déjà passibles de la prison à vie. Certains auraient souhaité que la loi soit resserrée pour prévoir la peine de mort. Rien de moins. Le président Yoweri Museveni n'a pas franchi ce pas. L'homme disait encore récemment qu'il est «mal de punir une personne parce qu'elle est anormale». Mais comme des scientifiques lui auraient expliqué que l'homosexualité est comportementale et non génétique, il a finalement accepté de promulguer la loi qui interdit la promotion de l'homosexualité et rend obligatoire la dénonciation de quiconque, homme ou femme, qui affiche son homosexualité. Il compte ainsi décourager les «tendances».
En 2014, l'homosexualité est toujours réprimée dans plus de 80 pays. L'Afrique et le Moyen-Orient ne sont cependant pas seuls à faire la vie dure aux gais et aux lesbiennes. Même si le président américain, Barack Obama, a critiqué les intentions de l'Ouganda et s'il craint que les dispositions antihomosexualité soient un pas en arrière pour le pays, un affront et un danger pour la communauté gaie, certains États américains sont loin d'être des modèles de non-discrimination.
L'Utah, l'Arizona, le Texas et l'Alabama dispensent dans leurs écoles une éducation sexuelle «orientée» décrivant négativement l'homosexualité. La Chambre des représentants du Kansas a pour sa part innové au début du mois en votant un projet de loi autorisant la ségrégation des couples homosexuels. Ceux-ci pourraient être congédiés, se voir refuser des soins de santé ou un repas au restaurant à cause de leur orientation sexuelle.
Quand la conseillère à la sécurité nationale du président américain commente le geste de l'Ouganda en disant que c'est un triste jour pour le monde entier et que «personne ne devrait subir des discriminations, ou être puni pour qui on est ou qui on aime», on espère que le message sera capté aussi en Amérique du Nord.
Quand les mises en garde et les dénonciations échouent à freiner l'homophobie, à quel moyen peut-on recourir? Aux sanctions économiques, au boycottage de grands événements? Il y avait foule aux Jeux de Sotchi malgré la législation antigais controversée. Les Pays-Bas ont pour leur part décidé de suspendre une aide financière destinée au renforcement du système judiciaire ougandais et veulent convaincre l'Union européenne de prendre des sanctions. Il faudra voir la suite.
Au Québec, le Conseil québécois LGBT souhaiterait que les persécutions contre les homosexuels soient traitées comme des crimes contre l'humanité. Sotchi est déjà du passé, mais non la lutte contre l'homophobie.