Hausser le salaire minimum n’est ni la seule ni la meilleure façon de lutter contre la pauvreté. Les salariés au bas de l’échelle doivent aussi pouvoir compter sur une fiscalité avantageuse, des assurances collectives, des logements, des transports en commun, des services de garde à prix abordables, ainsi que sur des services publics de santé et d’éducation accessibles et de qualité pour vivre et non seulement vivoter.

L'économie du «cheap labour»

ÉDITORIAL / «Un Tim Hortons de l’Ontario fait payer à ses employés la hausse du salaire minimum.» «60 000 emplois pourraient disparaître en raison de la hausse du salaire minimum?» Ces titres illustrent bien qu’il y a certains risques à imposer le salaire que les employeurs doivent minimalement accorder à leurs salariés. Maintenir des travailleurs dans la pauvreté ou miser uniquement sur du cheap labour pour brasser des affaires entraîne cependant aussi son lot d’effets négatifs.

Hausser le salaire minimum n’est ni la seule ni la meilleure façon de lutter contre la pauvreté. Les salariés au bas de l’échelle doivent aussi pouvoir compter sur une fiscalité avantageuse, des assurances collectives, des logements, des transports en commun, des services de garde à prix abordables, ainsi que sur des services publics de santé et d’éducation accessibles et de qualité pour vivre et non seulement vivoter. 

Mais il faut aussi des salaires décents. Il est navrant de constater que de plus en plus de travailleurs doivent se tourner vers les banques alimentaires pour subvenir à leurs besoins. Leur prestation de travail ne suffit pas. 

Il faudrait laisser perdurer cette situation de crainte que des emplois soient abolis, que la hausse de salaire soit refilée sur le prix du service ou du produit ou qu’un employeur revoit à la baisse d’autres composantes de la rémunération de ses employés comme le fait un Tim Hortons situé à Cobourg, en Ontario? 

Ça n’a pas de sens. On ne peut accepter que des bas salariés — et ce ne sont pas que des étudiants — doivent se satisfaire de hausses lilliputiennes alors que la rémunération d’autres personnes au sein des entreprises n’est soumise à aucune limite.

Le Centre canadien de politiques alternatives a publié en début de semaine que  les 100 pdg les mieux payés parmi les entreprises inscrites à la Bourse de Toronto gagneront cette année en moyenne 200 fois le salaire moyen d’un travailleur qui atteint 49 700$.

En 1983, les patrons gagnaient 103 fois le salaire moyen de leurs employés, soulignait de son côté le président de la FTQ, Daniel Boyer, à un journaliste qui l’interrogeait mercredi en marge d’un point de presse. «Quand tu as trois maisons un peu partout dans le monde, quatre chalets, cinq bateaux et six Mercedes… t’en as peut-être assez. Partage un peu, et permets à tes employés de gagner leur vie décemment», a-t-il affirmé. 

Évidemment, tous les dirigeants d’entreprises ne touchent pas les rémunérations impressionnantes des pdg de Valeant ou de Magna International.

Les notions de partage et de juste équilibre sont toutefois à rechercher dans tous les milieux de travail et les gouvernements ont le devoir d’indiquer une direction aux employeurs, par le biais du salaire minimum et la loi sur les normes du travail, pour s’assurer que les employés seront correctement traités.

L’Ontario a donné un grand coup en haussant le salaire minimum de 11,60$ à 14$  l’heure le 1er janvier, et à 15 $ en 2019. Le Québec a joué de plus de prudence. Le salaire minimum atteindra 12,25 $ l’heure en 2020, soit 50 % du salaire horaire moyen. Et malgré tout, le patronat a réclamé des mesures d’atténuation fiscale et financière, estimant que la viabilité de certaines entreprises serait compromise.

C’est aussi la pénurie de main-d’œuvre qui compromet l’avenir de certaines entreprises au pays. Selon Statistique Canada, plus des deux tiers des postes vacants ces deux dernières années n’exigeaient pas plus qu’un diplôme d’études secondaires. À moins de recourir à l’automatisation ou de faire des gains de productivité, des employeurs devront mieux traiter leur main-d’œuvre pour survivre et se développer.