Le traitement Barrette

Trois «docteurs» sous une même bannière politique ne garantit en rien que le système de santé prendra du mieux au Québec. Il faudra attendre le programme du Parti libéral pour juger si le trio Couillard-Bolduc-Barrette s'avère le meilleur pour contrôler les coûts, améliorer l'efficacité du réseau de santé et son accessibilité. En attendant, en recrutant l'ex-caquiste Gaétan Barrette, le chef Philippe Couillard agit comme le malade qui, devant un diagnostic sombre, accepte de subir un traitement risqué dans l'espoir de reprendre de la vitalité.
Le chef libéral gagne bien sûr des points pour l'effet de surprise créé par la candidature de M. Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec et candidat-vedette de la Coalition avenir Québec (CAQ) aux élections de 2012. Un changement d'allégeance qui tombe bien mal pour la CAQ, au troisième rang (16 %) dans les sondages.
Inclure Gaétan Barrette dans ses rangs va-t-il aider les libéraux à ravir la place des péquistes? Tout dépendra de la capacité des Couillard, Barrette et Bolduc à travailler en équipe et à élaborer un plan de soins cohérent et crédible pour remédier aux lacunes du système dans un contexte budgétaire difficile, plutôt que de formuler d'irréalisables promesses.
Que le chef caquiste François Legault dise que M. Barrette est prêt à tout pour devenir ministre de la Santé est un moindre mal. Il est en effet facile de répliquer que M. Legault est aussi prêt à tout pour devenir premier ministre. Que M. Barrette ait déclaré qu'il ne reviendrait pas en politique est aussi un léger handicap. MM. Couillard et Legault, ainsi que Pauline Marois, ont tous les trois quitté un jour la politique pour y revenir.
La plus grande difficulté du Parti libéral consistera à limiter les voix discordantes entre les trois médecins, qui n'ont pas toujours été sur la même longueur d'onde depuis 10 ans.
Tant M. Couillard que M. Bolduc ont eu à croiser le fer avec le bouillant et bagarreur Gaétan Barrette à titre de représentant des médecins spécialistes. Les deux n'appréciaient pas non plus ses commentaires condescendants à l'égard des médecins omnipraticiens. Sa participation aux élections de 2012 a exposé des désaccords. Les trois hommes avaient beau lundi se serrer la main et clamer que tout ça était du passé, leurs adversaires politiques auront la mémoire plus longue.
C'est un gouvernement libéral qui a introduit la taxe santé. M. Barrette et la CAQ voulaient l'abolir. Ceux-ci promettaient aussi que s'ils formaient le gouvernement, chaque Québécois aurait accès à un médecin de famille au cours de l'année. Un engagement impossible au dire des libéraux, qui avaient déjà échoué de leur côté à mettre fin aux listes d'attente et à désengorger les urgences.
Il y aura matière à débat dans le dossier de la santé au cours de la prochaine campagne. Dans son budget, le gouvernement Marois limite à 3 % la croissance des dépenses en santé, alors que celle-ci a été du double depuis 10 ans. Pour éviter que les services et les patients écopent, Québec veut étaler le rattrapage salarial consenti depuis 2007 aux spécialistes et aux omnipraticiens. Des ententes convenues par M. Couillard, M. Bolduc et M. Barrette.
Le PQ et le PLQ semblent toutefois s'entendre sur la nécessité d'implanter un financement axé sur les patients, de valoriser les meilleures pratiques et de mieux connaître les coûts et les services rendus. Les libéraux avaient demandé à des experts de faire le point en 2012, et les péquistes ont profité de la présentation de leur budget pour faire siennes leurs recommandations. C'est à suivre.
L'équipe la plus compétente sera celle qui saura expliquer et mener ces changements incontournables. Celle qui saura repousser les pressions des entreprises et amener tous les acteurs du réseau à travailler dans le même sens. Et pas seulement les docteurs...