Le retour de M. Bolduc

À quelques reprises hier, en annonçant qu'il allait remettre à un organisme de charité une partie des primes touchées pour la prise en charge de patients dits orphelins, le ministre Yves Bolduc s'est excusé pour les problèmes qu'a pu causer, à sa clientèle, son «retour en politique». Tiens, on ne savait pas qu'il l'avait quittée...
Si le travail de député de l'opposition a si peu d'importance à ses yeux, peut-être, en effet, aurait-il dû démissionner de son poste.
M. Bolduc fait ce qu'il doit pour rétablir une crédibilité qui a beaucoup souffert, mais il n'a pas pour autant répondu à toutes les interrogations que son cas soulève. On a, depuis, modifié l'entente dont il s'est prévalu, de façon à éviter les situations où des gens prennent un nombre excessif de patients. La limite est désormais de 150 patients par année. Ce chiffre donne une idée de l'exagération que représente la prise en charge de 1500 patients par un médecin-député. Les incitatifs qu'il a touchés représentent presque autant que ses salaires de médecin et de député combinés.
Le ministre continue de se défendre en disant qu'il ne pouvait pas prévoir l'imminence des élections. «Si j'avais su que des élections s'en venaient, a-t-il encore affirmé mercredi, il y a des patients que je n'aurais pas dû prendre en charge.»
Sans doute M. Bolduc était-il trop occupé par son travail médical pour lire les journaux, sinon il aurait su, dès août 2013, que son propre chef, Philippe Couillard, déclarait que «nous sommes à l'aube d'une élection; les semaines et les mois qui vont suivre seront cruciaux».
Cela dit, M. Bolduc fait amende honorable. C'était le moins qu'on puisse attendre de la part d'un ministre au sein d'un gouvernement qui prône l'austérité. Il n'avait pas le choix de rembourser une partie de ces sommes, en vertu des règles, mais il a décidé de doubler ce remboursement par un don équivalent à un organisme de charité.
Il ne pouvait s'en tirer à moins que ça. On voit déjà les problèmes que son cas a posés pour le ministre de la Santé, avec la démission de six directeurs de santé publique à qui on interdit de pratiquer la médecine en plus de leur fonction administrative. Et M. Bolduc lui-même se trouve en eau trouble lorsqu'il doit rappeler certains recteurs d'université à l'ordre, comme ce fut le cas avec celui de Bishop.
Cette annonce survient le même jour où la ministre Christine St-Pierre a dû présenter ses excuses au député Jean-François Lisée, après avoir soulevé des doutes sur sa probité. Drôle de façon de souligner les premiers 100 jours du gouvernement libéral, pour lequel le premier ministre Couillard avait formulé «l'espoir que nos débats se déroulent dans une ambiance de respect réciproque et d'écoute». Quand un débat devient un échange d'invectives, avait-il alors déploré, les citoyens «changent de poste».
L'attaque de Mme St-Pierre n'a pourtant pu avoir lieu sans que le cabinet de M. Couillard ait été mis au courant.
Jeudi, le premier ministre lui-même a été forcé de se dédire après avoir fait planer un doute sur le parachèvement des phases 3 et 4 du chantier hydroélectrique de la Romaine.
La semaine précédente, c'est son ministre du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel, qui disait ignorer l'impact qu'aurait la cimenterie de Port-Daniel sur les émissions de gaz à effet de serre de la province. Il existe pourtant des chiffres qui montrent que l'usine deviendrait la plus importante source de GES au Québec.
Cela fait beaucoup en peu de temps. Ces erreurs peuvent être le fait d'un nouveau gouvernement -celui de Mme Marois a aussi eu à corriger le tir plus souvent qu'à son tour - mais la période de grâce est terminée. On s'attend à plus de rigueur de ce gouvernement.