Une fille de 10 ans et une jeune femme de 18 ans ont été tuées par balles dans le quartier animé de Greektown, à Toronto, dimanche soir.

Le remède n'est pas «plus d'armes»

ÉDITORIAL / C’est toujours la même chose: quand une fusillade survient au Canada, des voix s’élèvent pour dire que c’est la preuve que les lois qui restreignent l’accès aux armes à feu ne fonctionnent pas, qu’elles ne préviennent pas de crimes. La tuerie qui est survenue à Toronto n’y fait pas exception. Et ces arguments ne sont pas plus valides que d’habitude.

Dimanche soir, un homme a ouvert le feu sur les passants qui se promenaient sur l’avenue Danforth, dans la Ville reine. Le tireur a tué deux personnes, dont une petite fille de 10 ans, et en a blessé 13 autres avant de lui-même trouver la mort.

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«Quand la fusillade d’hier [a-t-elle pris] fin? Quand il a été face à un “good guy with a gun”. Éliminer la menace le plus rapidement possible est la seule solution pour sauver des vies», a tweeté le militant pro-arme Guy Morin, du groupe Tous contre un registre québécois des armes à feu. M. Morin a également signalé que la possession de pistolets est déjà très encadrée et que le port d’arme est déjà illégal, laissant apparemment entendre que même des lois très restrictives comme celles du Canada ont peu d’effet. Le vrai problème, selon lui, est le trafic illégal d’armes à feu provenant des États-Unis.

C’est une ligne argumentaire classique que M. Morin est loin d’être le seul à invoquer. Le problème est qu’elle laisse complètement hors de l’image plusieurs éléments fondamentaux.

Ainsi, aucune loi n’a jamais eu pour objectif de prévenir un crime de manière absolue, ce qui est bien sûr impossible. Il restera toujours des chauffards qui conduisent à 150 km/h, par exemple, mais cela ne signifie pas que les limites de vitesse sont inutiles. Une loi fonctionne si elle décourage un comportement, si elle en réduit l’incidence.

Or, à cet égard, le cas de Toronto est tout, sauf la preuve que les lois qui limitent l’accès aux armes à feu n’ont pas d’effet notable. Même s’il est vrai que la violence de gang a beaucoup augmenté dans la Ville reine et que la contrebande d’armes y compte pour beaucoup, le taux d’homicides y est toujours bas, à 1,6 meurtre par 100 000 habitants, selon le dernier rapport de Statistique Canada sur les homicides. C’est donc dire que malgré la vague de fusillades liées aux gangs de rue, la métropole canadienne est toujours plus sécuritaire que pratiquement toutes les grandes villes américaines : d’après des données de l’Association des chefs de police des grandes villes nord-américaines, les taux sont deux à trois fois plus élevés à New York (3,2/100 000 hab.) et Los Angeles (4,6/100 000 hab.), et c’est sans rien dire d’autres villes beaucoup plus violentes comme Chicago (24/100 000 hab.) et Philadelphie (20/100 000 hab.).

Il est évident qu’en tout ceci, bien d’autres facteurs que les règles de possession d’armes entrent en ligne de compte. La culture d’une société, le trafic de drogue, la concentration de la pauvreté, etc., tout cela peut faire varier les taux d’homicide. Mais il est indéniable que la disponibilité des armes à feu est un facteur important. Même si toute société produit son lot d’individus instables et de situations de conflit, il reste que plus il y a d’armes à feu disponibles dans un milieu donné, et plus les dérapages risquent de finir en meurtre.

C’est ce que montrent les statistiques d’homicide à Toronto et au Canada en général. Restreindre l’accès et l’usage des armes à feu, ça marche. Et on sauve bien plus de vies si on s’arrange pour ne pas avoir besoin (ou aussi peu que possible) du proverbial «bon gars avec une arme» que si on s’en remet à lui pour protéger la population.