Le paradis des familles?

ÉDITORIAL / L’économie se porte bien, les familles québécoises profitent d’un des meilleurs soutiens financiers de l’État au pays, mais ce n’est pas pour autant le paradis pour tous les enfants. Près de 100 000 petits Québécois ont fait l’objet d’un signalement à la Direction de la protection de la jeunesse en 2017-2018. Il faut rapidement leur venir en aide et miser davantage sur la prévention.

Le nombre de signalements est en hausse plus marquée depuis trois ans. Il serait rassurant et commode d’expliquer cette augmentation par la vigilance des proches, de l’école, des services de santé, de la communauté, et par leur intolérance accrue à la violence ou à la négligence dont seraient victimes des jeunes de 0 à 17 ans.

Mais est-ce la bonne et l’unique explication? Se pourrait-il aussi que la prévention soit négligée et que des lacunes dans notre filet social ou nos services sociaux ou de santé placent des familles déjà vulnérables dans des situations encore plus critiques?

Une équipe de chercheurs tentera au cours de la prochaine année de trouver les causes de l’augmentation de signalements à travers la province.

L’ajout de nouveaux motifs de signalements apporté à la loi en 2007 est une des hypothèses, indique le directeur de recherche, Georges Tarabulsy. Le phénomène a été observé ailleurs dans le monde.

Une lecture juste et complète est bienvenue. En attendant, il faut s’assurer que les enfants et les familles dont le signalement a été retenu obtiennent les services requis dans les meilleurs délais. Malheureusement, des listes d’attente existent aussi en protection de la jeunesse. Les médias indiquaient mercredi que 115 cas sont sur une liste d’attente en Outaouais.

Faute de personnel pour intervenir rapidement, la directrice de cette DPJ affirme qu’elle peut répondre aux cas urgents dans la journée ou les 24-48 heures, mais que dans les autres cas, deux voire quatre semaines pourront s’écouler avant le début des interventions. Le délai maximal après un signalement devrait être de quatre jours et non de quatre semaines. Des enfants et des adultes souffrent pendant ce temps.

Il presse également de miser davantage sur la prévention et sur les pratiques efficaces validées scientifiquement.

Agir tôt est dans l’intérêt de l’enfant et de ses parents, mais c’est aussi dans l’intérêt financier du gouvernement. Agir tôt et de façon soutenu auprès des familles peut également éviter la judiciarisation.

Il ne faut pas prendre à la légère le bilan annuel des DPJ.

Le Québec aime dire qu’il est le paradis des familles. Il l’est en effet sous l’angle du soutien financier consenti par le gouvernement aux familles avec des enfants.

La Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke arrivait à cette conclusion en 2008 et elle dresse un constat similaire dix ans plus tard. En assumant une partie des frais de garde, le Québec allège le fardeau des familles.

Agir sur ce front et promettre de remettre plus d’argent dans les poches des familles n’est cependant pas suffisant.

Qu’est-ce qui cloche, qu’est-ce qui manque en amont de la DPJ? Pourquoi 263 enfants font-ils l’objet chaque jour au Québec d’un signalement pour maltraitance ou négligence?

Le premier ministre désigné, François Legault, manifeste une grande préoccupation pour les enfants en difficultés d’apprentissage. Il doit en être de même pour les 96 014 cas d’enfants portés à l’attention de la DPJ parce qu’ils seraient maltraités, abusés sexuellement ou négligés. Eux aussi ont besoin d’une intervention rapide de son gouvernement.