Dans un communiqué, la ministre brésilienne des Politiques pour les femmes, Eleonora Menicucci, a qualifié d'«inadmissible» le fait qu'une multinationale de produits sportifs comme Adidas vende des t-shirts avec des images et des phrases «qui lient le Brésil au tourisme sexuel».

Le Mondial du machisme

Partenaire officiel de la Fédération internationale de football association (FIFA) pour la Coupe du monde qui aura lieu cet été au Brésil, Adidas a été forcée de retirer de la vente deux t-shirts au goût plus que douteux à la suite du tollé suscité dans le pays hôte de l'événement et sur les réseaux sociaux. Le géant allemand en a échappé une, c'est le moins qu'on puisse dire.
Sur l'un de ces t-shirts, le coeur qui accompagne le slogan «I love Brasil» suggère les fesses (inversées) d'une femme en string. Sur l'autre, on voit une jeune femme en bikini, ballon à la main, avec les mots «Looking to score» (cherche à marquer un but) et le célèbre pain de sucre de Rio de Janeiro en toile de fond.
Dans un communiqué, la ministre brésilienne des Politiques pour les femmes, Eleonora Menicucci, a qualifié d'«inadmissible» le fait qu'une multinationale de produits sportifs comme Adidas vende des t-shirts avec des images et des phrases «qui lient le Brésil au tourisme sexuel». La présidente du pays, Dilma Rousseff, a quant à elle fait savoir sur Twitter que le Brésil était «prêt à combattre le tourisme sexuel» pendant la Coupe du monde.
Pour rappel, le Brésil est une destination particulièrement prisée par les touristes sexuels. Selon la police fédérale brésilienne, plus de 250 000 enfants étaient en situation de prostitution en 2011 dans ce pays de l'Amérique latine, où la misère touche une large frange de la population.
Devant le risque qu'un événement sportif de l'envergure de la Coupe du monde de la FIFA attire les touristes sexuels comme des mouches - le tourisme sexuel augmenterait de 30 % durant le Carnaval de Rio -, une campagne internationale de lutte contre l'exploitation sexuelle des mineurs pendant le Mondial de football a été lancée l'an dernier.
Le gouvernement brésilien avait déjà lancé en 2010 une campagne nationale intitulée «Un but pour le droit des enfants» pour prévenir le tourisme sexuel dans les 12 villes qui recevront la Coupe du monde. Six ans auparavant, il s'était doté d'un Plan national de combat contre l'exploitation sexuelle et commerciale des mineurs, en plus de créer un code de conduite pour les employés du secteur du tourisme. Brasilia traque également depuis plus de deux ans les sites Internet qui associent le pays au tourisme sexuel.
Pendant, donc, que le Brésil tente de perdre son image de paradis sexuel, Adidas sort deux t-shirts qui y font allusion. Bravo. La moindre des choses était effectivement de les remballer.
Mais ces fichus t-shirts piquaient les yeux pour une autre raison. Encore une fois, on a utilisé le corps des femmes pour vendre une marque et une compétition sportive. Fait de lui la cerise sur le gâteau, si vous nous passez l'expression.
Prenez le calendrier officiel de la Coupe du monde de la FIFA. Les images, photoshopées à l'extrême, montrent des jeunes femmes à peine vêtues en train de faire des galipettes avec le ballon rond (elles sont censées réaliser les 12 gestes les plus emblématiques du football!). De la grande classe. Quelqu'un, quelque part, a jugé tout à fait à propos d'illustrer le calendrier d'un événement sportif auquel ne participent que des équipes masculines par des photos de femmes à moitié nues dans des positions franchement avilissantes. Misère.
À plusieurs égards, les mentalités à l'endroit des femmes ont évolué, bien qu'elles ne soient pas encore arrivées au bout du chemin. L'industrie sportive, elle, résiste comme un seul homme, constituant l'un des derniers bastions du sexisme et du machisme institutionnalisés.
Si seulement elle pouvait finir par comprendre à quel point cela ne lui fait pas honneur.