Le Gentilly-2 de Marois

Toute vérité n'est pas bonne à dire en campagne électorale et toute vérité n'est pas bonne à dire lorsqu'il est question d'électricité au Québec. Le gouvernement libéral s'était bien gardé de donner l'heure juste sur Gentilly-2 aux élections de 2012. Pauline Marois lui a reproché cette cachotterie, mais elle fait de même sur d'autres enjeux énergétiques tout aussi importants pour l'économie, l'environnement et les finances publiques.
La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a confié l'an dernier à deux experts, Roger Lanoue et Normand Mousseau, le mandat de mener une vaste consultation sur les enjeux énergétiques afin d'inspirer la future politique énergétique du Québec. Quelque 800 citoyens et organismes ont consacré 25 000 heures pour soumettre leur avis sur la sécurité énergétique, le développement durable, les changements climatiques, l'équité sociale et la prospérité économique à la commission dotée d'un budget de 1,5 million $.
Et que fait la ministre Ouellet du travail commandé et présenté sur 300 pages? Elle l'a conservé sur son bureau pendant un mois et l'a rendu public uniquement lorsque Le Devoir a divulgué le rapport. Que de respect pour les gens qui ont contribué à la réflexion et pour les contribuables qui payent la note de cette consultation et de toutes celles lancées par le gouvernement péquiste!
Le rapport de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec a un grave défaut. Celui de ne pas cadrer parfaitement avec les engagements pris ces dernières semaines par le gouvernement Marois. À la veille d'une campagne électorale, les péquistes repoussent les grandes remises en question sur le développement régional, les projets hydroélectriques et éoliens, la Bourse du carbone et la politique industrielle qui fait que des jobs sont subventionnés à grands frais par l'État. À plus tard aussi les décisions pour inciter fortement les Québécois à être moins énergivores en pétrole et en électricité.
M. Lanoue, un ancien vice-président d'Hydro-Québec, et M. Mousseau, professeur de physique à l'Université de Montréal, recommandent de revoir le modèle énergétique qui a contribué au développement économique de la province depuis plus de 40 ans. Un modèle devenu selon eux improductif, caduc et fort coûteux avec les changements survenus sur le marché de l'énergie depuis l'an 2000, notamment avec l'exploitation des gaz de schiste aux États-Unis.
Les deux hommes rappellent que des emplois dans l'éolien coûtent 200 000 $ par emploi par an. Ils estiment de plus à 1,5 milliard $ annuellement les dépenses et subventions non rentables dans les infrastructures de production d'électricité lancées ces dernières années. Pour eux, le Québec doit rompre avec le syndrome du castor qui fait qu'en cas d'incertitude, le premier réflexe demeure de construire un nouveau barrage ou un nouvel ouvrage.
Ils souhaitent que Québec axe dorénavant ses actions sur l'efficacité énergétique, plutôt que sur la production. La création d'emplois n'y perdrait pas au change, assurent-ils. Lanoue et Mousseau admettent que les choix à faire à court terme sont dérangeants. Ils proposent un échéancier sur plusieurs décennies pour faire les changements nécessaires.
Leurs propositions sont tombées dans un terreau peu fertile. Mme Marois les a vite repoussées et le chef libéral Philippe Couillard a soutenu lui aussi qu'il ne fallait pas voir les surplus d'électricité comme un problème. Mais encore? Les consommateurs et les contribuables assument une partie de la facture et cela devrait interpeller tous les politiciens et les forcer à voir comment cet argent pourrait être mieux investi dans les différentes régions. Le virage semble incontournable. Les yeux rivés sur le prochain scrutin, les politiciens refusent toutefois de le voir.