Le devoir de maîtrise

Le ministre des Finances du Canada a déposé mardi un budget sage, un budget bien adapté à la fragilité de l'économie mondiale et à l'ambition du Canada de s'imposer comme un pays modèle en matière de gestion contrôlée des finances publiques.
C'était là le premier devoir de Jim Flaherty, soit celui de protéger les Canadiens le mieux possible contre l'impact des soubresauts qui pourraient encore affecter ses principaux partenaires économiques. C'est notamment le cas des États-Unis, où la reprise n'est pas encore un acquis. Sa prudence était donc de mise et elle consolide l'attrait du Canada comme terre d'investissements.
S'il faut féliciter M. Flaherty d'avoir maintenu le cap ces dernières années afin d'éliminer le déficit fédéral - une affaire déjà classée de l'avis des économistes -, il faut toutefois prendre le temps d'ajouter une mise en garde.
Le retour au surplus avec le budget de l'an prochain ne doit pas devenir l'occasion de rouvrir le grand magasin de confiseries électorales. On s'en doute, la tentation sera forte, surtout si la bonne fortune du Parti conservateur dans les sondages continue de se détériorer.
Il faut évidemment faire une distinction entre investir pour soutenir la recherche, pour stimuler la création d'emplois, pour remettre à niveau nos infrastructures vieillissantes et pour cajoler à grands frais des clientèles ciblées dans l'objectif «d'acheter» leur vote.
Pour l'instant heureusement, il n'y avait pas d'extravagance dans ce qui a été annoncé mardi à la Chambre des communes par le ministre des Finances. Certains sont au contraire durement touchés par le maintien de l'approche d'austérité, à commencer par la machine fédérale elle-même.
Les fonctionnaires fédéraux sont de nouveau la cible des mesures d'économie imposées par les conservateurs de Stephen Harper. La nouveauté, c'est que même ceux qui sont à la retraite écopent. Les ministères voient aussi leurs dépenses de fonctionnement gelées pour deux ans, celui de la Défense devant en plus patienter pour l'achat de nouveaux équipements coûteux.
Il y aura probablement bien peu de sympathie exprimée à l'égard de ces fonctionnaires qui se préparent à une ronde de négociations difficiles avec le gouvernement conservateur. Mais les contribuables doivent réaliser qu'ils ressentiront aussi et quelquefois durement les diminutions ou la disparition de services fédéraux.
Remarquez qu'il n'est pas mauvais en soi que le balancier gouvernemental qui va trop loin d'un côté pendant quelques années finisse par revenir pour recentrer l'argent public autour d'objectifs vraiment prioritaires. Mais en période prolongée de resserrement, il y a toujours un risque de finir par négliger l'essentiel - comme c'est le cas avec des infrastructures «oubliées» comme le pont Champlain - et de démotiver et d'affaiblir une fonction publique jusque-là productive.
Il est entendu enfin que les porte-parole des provinces dénonceront le retour des surplus à Ottawa, en évaluant qu'ils se font en partie sur leur dos par le biais des mesures touchant les transferts et la péréquation.
S'ils ont raison sur le fait que le gouvernement Harper n'agit pas en vrai partenaire, dans chaque capitale, on devrait néanmoins réfléchir au message martelé mardi par le ministre de l'Infrastructure, des Collectivités et des Affaires intergouvernementales. Selon Denis Lebel, Ottawa s'apprête à récolter les fruits de son grand ménage, il faut s'attendre à ce que les gouvernements provinciaux fassent aussi le leur...
Est-ce que la province qui a des places en garderie subventionnées à 7 $ par jour, qui gèle les droits de scolarité, qui continue d'investir dans les parcs éoliens en période de surplus et qui finance la fécondation in vitro pourrait être mûre pour un sérieux examen de conscience?