Le premier ministre, Philippe Couillard lors du congrès libéral en décembre dernier

Le changement et l’incohérence

ÉDITORIAL / Le Parti libéral du Québec (PLQ), et plus particulièrement son chef, Philippe Couillard, avait fait un pari risqué lors de la dernière élection. Ils ont voulu imprimer un virage rapide aux finances publiques afin de dégager une marge de manoeuvre pour les élections de 2018. Peut-être y avait-il un objectif désintéressé derrière cette stratégie, mais la majorité des Québécois y ont vu une manoeuvre cynique.

Le PLQ semble en voie de perdre son pari, s’il faut croire les derniers sondages. Les Québécoises et les Québécois veulent du «changement», une tentation qui revient presque à chaque élection. Cela ne fait guère de doute, mais quel changement au juste? 

Selon le sondage Léger-Le Devoir, publié samedi, la Coalition Avenir Québec (CAQ) serait en mesure de décrocher une majorité. Le parti est en solide position dans la majorité francophone, avec 46 % d’appuis, et 53 % d’appuis dans la région de Québec. 

La CAQ représente, pour 34 % des électeurs, le changement, alors que le Parti québécois (PQ) ne récolte qu’un score de 9 % à cette question, à peu près autant que le Parti libéral. 

Selon le sondeur Jean-Marc Léger, la donnée-surprise du sondage est que 66 % des Québécois préfèrent que le gouvernement réinvestisse dans les services de l’État, alors que 34 % opteraient plutôt pour une baisse d’impôt. 

Ce résultat nous rappelle qu’un vote de protestation n’est pas toujours cohérent. À neuf mois du vote, bien des choses ont le temps de changer. Ceux et celles qui n’ont pas digéré le régime libéral, et qui veulent préserver ou améliorer le niveau de services, vont peut-être y penser à deux fois avant de donner une majorité à la CAQ. 

Il est encore un peu tôt pour sonner le glas du Parti québécois. Jean-François Lisée n’a certes pas la cote lorsqu’on compare la popularité des chefs de parti. François Legault est en tête loin devant, avec 31 % des appuis, alors que seulement 10 % préfèrent M. Lisée, un score inférieur à celui de Philippe Couillard (16 %). C’est de très mauvais augure.

Mais le chef du PQ fait la bonne lecture quand il tente de positionner son parti en défenseur des services publics. Sa décision de créer un poste de vice-cheffe pour Véronique Hivon s’inscrit sans doute dans cette lecture, dans l’espoir de compenser son déficit de popularité, d’une part, avec une personnalité qui incarne, aux yeux du public, la valeur à laquelle il veut associer le PQ.

Son parti reste néanmoins celui qui a le plus à perdre dans cette élection, plus encore que le Parti libéral. Si la vague annoncée se matérialise en faveur de la Coalition Avenir Québec, elle risque de balayer le parti fondé par René Lévesque à peu près partout, sauf dans l’Est-du-Québec. Le choc serait brutal. 

Le sondage démontre aussi que les 18 à 34 ans continuent de favoriser le Parti libéral. «Les jeunes ne sont plus péquistes», constate Jean-Marc Léger. Dans ce segment de l’électorat, la CAQ et le PQ sont à égalité. Dans les groupes plus âgés, c’est encore la CAQ qui domine. 

Les choses peuvent changer, mais il y a de sérieux indices qu’une lame de fond se prépare. Après 40 ans d’alternance entre le PLQ et le PQ, les Québécois jonglent sérieusement avec l’idée d’une «troisième voie». 

Ce n’est pas la première fois, Mario Dumont en sait quelque chose et la CAQ avait aussi atteint 39 % dans les sondages en 2011, avant le printemps érable, rappelait lundi l’ex-leader étudiante Martine Desjardins. Mais cette fois-ci pourrait bien être la bonne.