Le cauchemar de l'humanité

Le rapport rendu public lundi par une commission d'enquête de l'Organisation des Nations Unies révèle l'étendue des violations des droits de la personne en République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord). Le document décrit un régime totalitaire où la démence, l'absurdité et l'horreur ont fait des millions de victimes.
Les trois juristes nommés par l'ONU nous rappellent nos responsabilités envers quelque 25 millions des nôtres, pris au piège dans ce pays où les lois, les droits de la personne et la justice telle que nous la connaissons ont cessé d'exister.
Derrière ses frontières, la Corée du Nord est un trou noir. Le contrôle absolu que s'octroie le système sur tous les aspects de la vie de chaque citoyen est l'incarnation même de l'univers totalitaire décrit dans 1984, le roman de George Orwell.
Déjà, au XIXe siècle, la Corée était hermétiquement refermée sur elle-même. C'est dans cet héritage, perverti par le communisme, que le régime nord-coréen plonge ses racines.
Toutes les activités sociales ont lieu sous le contrôle du Parti des travailleurs. Les citoyens sont cruellement punis pour le moindre écart, comme écouter de la musique ou des films provenant de l'extérieur. Chaque citoyen, dès sa naissance, se voit confiné dans une catégorie sociale en vertu d'un système, le Songbun, qui dictera l'endroit où il vivra, son niveau d'éducation, ses conditions de vie, les fonctions qu'il pourra occuper, et qui il pourra épouser.
Le régime exerce son pouvoir au moyen de la terreur. Les exécutions publiques, la torture, la famine, les emprisonnements sans procès, et même des enlèvements hors frontières tuent dans l'oeuf toute velléité de changement.
La famine a tué des centaines de milliers de Nord-Coréens. Même pendant ces épisodes, le pouvoir interdisait aux citoyens de se déplacer en quête de la nourriture qui aurait pu les sauver. Encore aujourd'hui, dans les prisons, on prive intentionnellement de nourriture ceux et celles qu'on considère comme des ennemis du régime, jusqu'à ce qu'ils en meurent.
La Chine, en particulier, est sévèrement blâmée pour le traitement qu'elle réserve aux réfugiés qui parviennent à s'évader. L'État chinois se déshonore en renvoyant ces malheureux dans leur enfer.
Les atrocités du régime nord-coréen sont de la même gravité que celles commises par le régime nazi en Allemagne, conclut le rapport. Ce pays est un véritable cauchemar, et cela à plus d'un titre, parce que c'est aussi le nôtre.
La division de la Corée est un héritage de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre froide entre les États-Unis et les régimes soviétique et chinois.
Le rapport de l'ONU rappelle à leurs responsabilités les pays qui ont pris ces décisions. Le fait que la Corée du Nord, un État membre des Nations Unies, ait pu commettre ces crimes contre l'humanité pendant des décennies constitue un échec accablant de la communauté internationale. Les États qui ont participé à cette division, et à la guerre qui a suivi, ne peuvent pas renier leur responsabilité aujourd'hui, nous dit le rapport, qui juge impératif de réagir d'une manière efficace.
Mais c'est malheureusement là que le travail de la commission atteint ses limites. Il n'offre pas de voie crédible vers le changement. Et comment le pourrait-il? La Corée du Nord possède une armée active de plus d'un million de soldats. Kim Jong Un se montre tout aussi despotique, sinon plus, que ses prédécesseurs. Quant à la Chine, malgré son mécontentement à l'égard de Pyongyang, elle ne recule devant rien pour préserver la stabilité de ses frontières.
Et malheureusement, on ne peut même plus miser sur l'implosion de cet État. Il est bien trop tard pour ça. Seule une guerre pourrait faire tomber ce régime. Et ça aussi, c'est un cauchemar.