Le Bonhomme Drainville

Il fut un temps où des parents agitaient le spectre du Bonhomme Sept Heures pour forcer leurs petits à rentrer à la maison et être sages. En 2014, quand les péquistes craignent de perdre le pouvoir, ils sortent Bernard Drainville et sa charte des valeurs. Pas de PQ majoritaire, pas de charte, pas d'affirmation des valeurs québécoises, prévient le candidat. Preuve qu'encore aujourd'hui, certains usent sans gêne de la peur et d'un danger hypothétique pour influencer des comportements, même ceux des adultes.
Le plus sérieusement du monde, Bernard Drainville et quatre candidates péquistes d'origine maghrébine parlent encore d'une crise des accommodements religieux au Québec. Ni la Commission des droits de la personne, ni les ministères et les organismes, ni les entreprises privées n'ont relevé une hausse des demandes d'accommodements et des tensions dans les lieux de travail. La montée de l'intégrisme que disent combattre les péquistes ne passe pas davantage le test des faits, concluait cette semaine Le Soleil. Si la crise était réelle et non imaginaire, la charte détrônerait sûrement l'économie, les finances publiques et la santé dans la liste de priorités des électeurs, ce qui n'est pas le cas dans les sondages.
Jusqu'à maintenant, le gouvernement Marois a été incapable de faire une démonstration factuelle de ce qui justifie de restreindre la liberté de conscience et de religion d'une minorité de Québécois, en interdisant le port de signes religieux aux employés de la fonction publique, des établissements de santé, des écoles, des garderies, des cégeps, des universités, des municipalités et des entreprises privées qui contracteront avec l'État. La laïcité de l'État ne tient pourtant pas au voile ou à la kippa d'un fonctionnaire!
Et rien n'a changé au jour 15 de la campagne. Que des perceptions, que des craintes, que des demi-vérités et des évènements isolés que le PQ prend bien soin d'entretenir dans toutes les circonscriptions francophones et rurales pour gagner des appuis. Comme l'ont fait avant lui Mario Dumont et l'ADQ. La commission Bouchard-Taylor a eu beau conclure que la crise nourrie par l'ADQ et Hérouxville en était une de perception et d'emballement médiatique, le PQ tente de gagner des votes en faisant peur au monde.
M. Drainville exploite les mêmes cordes sensibles. «C'est bien qu'on affirme nos valeurs. On n'a pas à être gêné de faire de l'égalité femme-homme un principe non négociable. On n'a pas à être gêné de dire qui nous sommes. On n'a pas à s'excuser d'exister», a-t-il dit lors de sa tournée.
C'est vrai, les Québécois n'ont pas à être gênés de dire ce qu'ils sont ni de s'excuser d'exister. Mais pourquoi les citoyens du Québec qui n'ont pas les mêmes croyances ni les mêmes pratiques religieuses que celles de la majorité devraient-ils, eux, s'excuser d'exister, être gênés de dire ce qu'ils sont et faire fi des deux chartes des droits et libertés qui prévoient la liberté de conscience et de religion? C'est cet aspect de la charte qui répugne sans doute encore à 40 % des électeurs francophones.
Il est vrai qu'inscrire noir sur blanc la laïcité de l'État pourrait signifier clairement qu'au Québec, État et religions sont distincts. Inscrivons aussi dans une charte de la laïcité qu'ici, les hommes et les femmes sont égaux, si cela peut contribuer à éliminer les écarts qui persistent. Certains jugent imprécises les balises aux accommodements? Qu'on les précise. L'unanimité est facile à faire sur ces points.
Si le PQ voulait vraiment doter le Québec d'une charte de la laïcité approuvée par l'ensemble des Québécois, qu'importe leur langue, leur religion, leur sexe ou leur âge, il aurait expurgé son projet de l'interdiction des signes religieux. Mais comme il compte faire des gains en misant sur la peur de l'inconnu, Bernard Drainville persiste et signe. C'est gênant.