Le bateau de Couillard

«Le bateau est au quai. La traversée sera rude.» Philippe Couillard n'a pas eu recours mercredi aux métaphores du hockey. Ce qui attend son équipe ministérielle et les Québécois n'a rien en effet d'une partie de plaisir. Dire, comme on le fait au Colisée ou au Centre Bell, «qu'il n'y en aura pas de facile» aurait été sous-estimer et banaliser les immenses défis qui attendent le Québec. Le capitaine Couillard a réussi à réunir un bon équipage. Reste à voir comment il saura le faire naviguer durant les tempêtes.
Ce ne sont ni les noms ni le sexe des 26 ministres, les anciens comme les recrues, que les Québécois retiendront surtout de la formation du premier cabinet Couillard. Mais bien le message d'urgence du chef libéral qui tranche avec le ton qu'il a utilisé durant toute la campagne électorale.
L'heure n'est plus aux mesures marginales et cosmétiques, mais aux mesures structurelles, à l'assainissement des finances publiques, à l'économie et à recentrer l'État sur ses missions essentielles (santé, éducation, aide aux personnes vulnérables), a indiqué le nouveau premier ministre. Il faut, selon lui, agir avec force, courage et détermination. 
Des mots à faire pâlir d'envie François Legault et la Coalition avenir Québec qui n'ont pas réussi à former un gouvernement en tenant un tel discours d'urgence et d'austérité. Des mots à faire frémir ceux qui n'avaient pas prévu de grand remue-ménage de la part des libéraux. 
Mais, M. Couillard est à la tête d'un gouvernement majoritaire. Ce qui lui permet d'opérer des changements difficiles, peu populaires mais nécessaires, sans risquer d'être renversé. M. Couillard a plus de quatre ans pour amorcer des virages et pour transformer des cultures. C'est à la fois beaucoup et trop peu. Qu'on pense notamment au ministère de la Santé dont Gaétan Barrette aura la charge et où la résistance au changement est très forte.  
Le premier ministre semble avoir trouvé un équilibre dans le choix des personnes retenues pour former son cabinet et atteindre les objectifs fixés. Non pas un équilibre entre les hommes et les femmes. Avec seulement huit femmes au Conseil des ministres, M. Couillard est bien loin de la zone de parité qu'il avait fait miroiter. Il est aussi désolant que les «gros ministères» soient uniquement occupés par des hommes. M. Couillard se distingue ici, mais négativement, de Jean Charest, qui confiait «la sacoche» et de lourdes responsabilités à ses députées libérales. 
L'équilibre est dans les compétences et les styles. M. Couillard mise sur son trio économique composé de Carlos Leitao, de Martin Coiteux et de Jacques Daoust. Ces ministres, dont deux sont économistes de formation, ne peuvent ignorer que l'austérité est une arme à deux tranchants. Trop d'austérité peut s'avérer nuisible à l'économie, freiner les dépenses des consommateurs et des entreprises et réduire les revenus de l'État. Tout est affaire de dosage.
La présence d'un François Blais, un homme de sciences sociales, à l'Emploi et à la Solidarité sociale, devrait éviter d'oublier les effets de politiques trop draconiennes sur les citoyens plus vulnérables. Espérons aussi qu'Yves Bolduc, à l'Éducation et à l'Enseignement supérieur, convaincra le cabinet de l'importance de l'éducation dans un Québec prospère. 
Les excès de l'ère Charest devraient aussi inciter les libéraux à faire preuve de modération. Oui au développement économique, mais pas à n'importe quel prix. Le ministre du Développement durable et de l'Environnement, David Heurtel, et celui de l'Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, doivent se rappeler le cafouillage des gaz de schiste et le souci des Québécois d'obtenir une juste part des ressources naturelles.
Donner priorité à l'économie et au redressement ne doit pas occulter les autres préoccupations des Québécois. Citoyens et opposition le rappelleront très vite au nouveau gouvernement.