Dans son livre noir de la sécurité des soins, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec écrit que ses 75 000 membres ne peuvent plus se taire parce que le contexte de pratique se détériore depuis plus de 25 ans.

Le 911 des infirmières

ÉDITORIAL / Pour éviter que les témoignages d’infirmières débordées et en détresse monopolisent l’attention médiatique en cette année électorale, Philippe Couillard a eu le bon réflexe de demander à leurs syndicats de proposer des solutions afin de diminuer leur charge de travail. Ils deviennent la solution, plutôt que la source du problème, comme le soutenait encore la veille le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. M. Couillard est-il pour autant favorable à l’instauration de ratios sécuritaires professionnels en soins/patients?

«On a notre quota. À bout de souffle. À bout de nerfs. Besoin de ratios sécuritaires. Le livre noir de la sécurité des soins». Ce document de la FIQ (Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec) lancé en novembre et rempli de statistiques, de résultats de sondages et de témoignages d’infirmières, d’infirmières auxiliaires et d’inhalothérapeutes, n’avait pas eu beaucoup d’écho jusqu’à maintenant.

C’était avant que le message de la jeune infirmière Émilie Ricard sur son compte Facebook devienne viral et que les médias fassent état de sit-in dans différentes régions du Québec. 

Un cauchemar pour un gouvernement en fin de mandat qui tentera de démontrer d’ici le 1er octobre que le réseau de la santé se porte mieux et que les patients sont mieux traités depuis 2014. Les docteurs Couillard et Barrette ont intérêt à trouver rapidement un terrain d’entente. 

Dans son livre noir, la FIQ écrit que ses 75 000 membres ne peuvent plus se taire parce que le contexte de pratique se détériore depuis plus de 25 ans. «Dans le passé, elles ont évité de parler publiquement de leurs préoccupations concernant la sécurité des soins, craignant les représailles et militant activement dans leurs milieux pour que des mesures adéquates soient mises en place. Elles comprennent aujourd’hui que pour pleinement défendre les droits et les intérêts des patients, elles doivent prendre la parole et dénoncer publiquement les situations qui ne permettent pas d’offrir les soins à la hauteur de leurs compétences que la population est en droit de recevoir».

L’organisation souligne que depuis de nombreuses années, le gouvernement a réformé le réseau au gré de ses besoins électoraux. Cette fois, elle veut une solution qui ne laisse «plus de place aux aléas électoraux et au bricolage des gestionnaires qui coupent là où c’est le plus facile, mais aussi là où ça fait le plus mal pour les patients». Le syndicat réclame que des ratios sécuritaires professionnelles en soins/patients soient établis.

La FIQ souligne qu’il existe des ratios pour les enseignants, les éducatrices des services de garde et pour les agents de bord. Elle fait valoir que la fixation de meilleurs ratios a eu des effets positifs, notamment en Californie.

L’ouverture de postes à temps plein convenu dans le cadre du renouvellement des conventions collectives ne s’avère manifestement pas la solution miracle. Le réseau est pris dans un cercle vicieux. Même s’il y a suffisamment d’infirmières formées, même si des postes à temps plein sont affichés, certains ne sont pas comblés parce que des professionnelles craignent la surcharge de travail et les heures supplémentaires. 

M. Barrette soutient que la FIQ a contribué à cette situation en brossant un portrait négatif des milieux de travail. Le ministre doit aussi regarder dans sa cour. Lorsqu’un coroner pointe du doigt la surcharge de travail de l’infirmière qui avait la responsabilité de 175 patients dans un CHSLD pour expliquer la mort d’un d’entre eux, lorsque les cas de médecins en détresse sont en hausse et que le nombre de congés de maladie prolongés sont également en augmentation dans tout le réseau, cela ne peut pas être uniquement la faute des syndicats.