Le volet qualité des services de garde est toujours négligé, voire ignoré, lors des campagnes électorales, écrit notre éditorialiste.

L’appât du 8 $ par jour

ÉDITORIAL / Si les politiciens se préoccupaient vraiment du bien et du développement des tout-petits, ils proposeraient des actions pour augmenter la qualité dans les services de garde — tous types confondus — au lieu de simplement rechercher le vote de leurs parents en leur faisant miroiter un tarif unique à 8,05 $ par jour, la gratuité pour tous les enfants ou ceux de 4 ans.

Le volet qualité des services de garde est toujours négligé, voire ignoré, lors des campagnes électorales. Il semble que la prochaine ne fera pas exception même si chaque formation parlera de l’importance d’agir tôt et du rôle des services éducatifs à la petite enfance pour la réussite éducative. 

Le gouvernement du Québec dépense plus de 2,5 milliards $ par an pour des services de garde et pour des crédits d’impôt aux parents dont les petits ne fréquentent pas des garderies subventionnées. Il devrait se soucier de la qualité des services et de leur plus-value pour les enfants. 

Les partis se livrent depuis vingt ans à une surenchère sur le nombre de nouvelles places et sur la contribution réclamée aux parents, mais ils sont trop peu actifs sur les éléments qui font que la fréquentation d’un service de garde aura un effet positif et marquant sur le développement de l’enfant, qu’importe le milieu où vit l’enfant. C’est pourtant un des objectifs de la politique familiale. Le but de celle-ci — il ne faut pas l’oublier — ne se limite à faciliter la conciliation travail-famille, à accroître le taux d’activité des jeunes mères sur le marché du travail et à réduire le travail au noir.

Or, pour avoir un effet positif, le service de garde doit être éducatif et de qualité. Malheureusement, celle-ci n’est pas toujours au rendez-vous. 

Dans la dernière enquête Grandir en qualité (2014), l’Institut de la statistique du Québec relève que la moitié des enfants de 18 mois à 5 ans inscrits dans un CPE (centre de la petite enfance) ont des services classés de qualité acceptable, que 45 % obtiennent des services jugés bons ou excellents et que 4 % reçoivent des services de qualité insatisfaisante. 

Dans les garderies non subventionnées, 53 % des enfants reçoivent des services considérés comme acceptables, 10 % des services jugés bons ou excellents et 36 % sont inscrits dans des milieux où les services sont qualifiés d’insatisfaisants. Faute de données, l’Institut n’a pu évaluer les garderies subventionnées et les milieux familiaux subventionnés.

Comment peut-on se contenter d’une cote moyenne passable et prétendre que les services de garde prépareront mieux les tout-petits, notamment ceux en difficulté et ceux de milieux défavorisés, à la vie et à leur entrée à l’école? 

Cessons de nous raconter des histoires et de penser que nous rattraperons le temps perdu avec des maternelles 4 ans.

Pour que les services de garde fassent une différence dans la vie des jeunes, des conditions doivent être réunies. 

Des chercheurs ont indiqué à la Commission sur l’éducation à la petite enfance que les principaux facteurs de qualité sont la formation initiale et continue du personnel ainsi que son expérience, le ratio éducateur/enfants, les interactions entre le personnel éducateur, les enfants et les parents, le programme éducatif, la capacité à organiser un environnement physique et social adapté aux enfants. Une synergie entre les services de garde, les services sociaux et de santé, les groupes communautaires et les écoles est également nécessaire.

Bien sûr, promettre un tarif de 8 $ par jour ou la gratuité est plus facile à vendre en campagne électorale que des pratiques éducatives dont les effets ne sont pas visibles dans l’immédiat ni dans le portefeuille. Il est pourtant du devoir des élus d’établir des politiques publiques efficaces.