Le ministre des Finances, Carlos Leitão, soutient que les «finances publiques sont solides et équilibrées.

«L’année» des dépenses

ÉDITORIAL / Généreux le dernier budget de Carlos Leitão. Un petit bonbon pour plaire à chacun — particulier ou entreprise — à six mois des élections. Savourez-le bien. Même si le ministre des Finances soutient que les «finances publiques sont solides et équilibrées, aujourd’hui et pour l’avenir», que le «Québec est un leader de la croissance durable en Amérique du Nord», l’embellie s’annonce éphémère. Le temps d’une élection.

En début de mandat, les libéraux disaient qu’il ne fallait pas parler d’austérité budgétaire, mais bien de rigueur, de contrôle des dépenses. Il semble bien aujourd’hui que l’usage du mot équilibre laisse aussi place à l’interprétation. Pour bien paraître d’ici 1er octobre et faire oublier les budgets précédents, Québec recourt à sa réserve de stabilisation pour financer une série de dépenses. Le gouvernement puise dans sa réserve 1,6 milliard $ en 2018-2019 et 936 millions $ en 2019-2020. Les revenus ne suffisent pas pour financer les 4 milliards $ de dépenses annoncées. Si la conjoncture économique se détériore, notre coussin est déjà rétréci. 

Croisons donc collectivement les doigts pour que notre voisin américain se comporte bien à l’égard du Canada dans la renégociation de l’ALENA, pour que l’économie mondiale tourne rondement, pour qu’un ralentissement économique ou une récession ne frappe pas, pour que les taux d’intérêt n’augmentent pas trop rapidement et pour que la confiance des consommateurs et des investisseurs se maintienne.

«Là , on a les moyens, donc oui, on dépense», disait lundi M. Leitão en chaussant ses souliers neufs. Son gouvernement surfe sur la croissance de 3 % du PIB (produit intérieur brut) de 2017. Grands projets d’infrastructures et petits bouts d’asphalte, diminution de la taxation des entreprises, réinvestissement dans les services publics, musée gratuit un dimanche par mois, nouveau crédit d’impôt pour les grand-parents, soutien aux taxis, le gouvernement libéral ne lésine pas sur les dépenses. 

«Il a coupé, il vous a taxé, et maintenant, il veut vous acheter», a résumé le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault. Un sentiment que partageront plusieurs citoyens. Et le même manège risque de se répéter.

Les prévisions de croissance économique sont moindres pour les prochaines années (2,1 % de croissance du PIB en 2018, 1,7 % en 2019 et 1,3 % par la suite) si Québec y va cette année avec une croissance des dépenses plus élevée que les années passées — 5 % en éducation et 5,3 % pour les établissements de santé  — il revient à des taux de croissance de 3,5 % et de 4 % les années suivantes.

M. Leitão, ou un autre ministre des Finances, devra se montrer modeste lors de l’achat d’une nouvelle paire de chaussures l’an prochain. Et de leur côté, les citoyens ainsi que les employés des services publics, des hôpitaux et des écoles, pourraient bien devoir composer à nouveau avec un manque de fonds et de ressources. 

Même si le rythme de croissance économique sera en baisse et que moins d’argent entrera dans les coffres de l’État, les libéraux ont de plus accepté de se priver de certains revenus. En santé, ils ont aboli la contribution santé (plus de 750 millions $) et diminué la contribution des entreprises au Fonds des services de santé. Les besoins en santé, dans une société où la population vieillit, ne sont pourtant pas en baisse.

En éducation, la somme de quelque 600 millions $ que les propriétaires n’auront plus à payer en taxes scolaires devra l’être aussi à même le budget du ministère. Dans ce domaine aussi, les besoins ne diminuent pas.

Le principe du yoyo et du stop and go sert peut-être bien les politiciens mais ce n’est pas ce qu’il y a de mieux pour les malades, les élèves et les étudiants.