Les transactions au guichet ont diminué de 30 % entre 2012 et 2017, selon les données présentées, lundi, lors d’une commission parlementaire sur l’accès aux services financiers.

Laissez Alphonse dans sa tombe

ÉDITORIAL / Le Mouvement Desjardins traverse une période difficile, autant pour la prestation de services que pour son image d’institution locale et régionale, avec ses fermetures de points de service et de guichets à travers la province.

La nature même de Desjardins l’expose, plus que d’autres, à la critique lorsqu’il faut prendre ces décisions impopulaires, mais le déferlement auquel on assiste depuis quelques mois a quelque chose d’excessif. 

On ne peut pas demander à une institution financière de maintenir un réseau en bonne santé financière et d’ignorer le changement dans les habitudes de ses membres et des clients. Par contre, on est en droit de s’attendre à ce qu’une coopérative de son envergure explique ses décisions, lorsque celles-ci privent une communauté des seuls services qui lui sont accessibles, et qu’elle consulte les autres acteurs locaux avant d’agir. Ça n’a pas toujours été le cas.

Lundi, le président Guy Cormier a défendu les décisions du Mouvement lors d’une commission parlementaire sur l’accès aux services financiers, qui s’est tenue à la demande du Parti Québécois, et de la Fédération québécoise des municipalités.

Aucun ministre n’a daigné s’y présenter.

Cette question sera pourtant l’un des enjeux de la prochaine élection dans plusieurs circonscriptions. Si l’accès à des services financiers de proximité est un besoin et que les conditions du marché empêchent les gens d’y avoir accès, il revient aux deux gouvernements, fédéral et provincial, de s’en occuper. 

Tout ne passe pas par des lois. L’État ne peut pas obliger une institution à ouvrir des succursales dans une localité ni les empêcher d’en fermer une, mais les élus peuvent amener des partenaires à une même table, pour travailler de concert à la recherche de solutions. Et cela inclut toutes les banques, pas juste Desjardins. 

Les transactions au guichet ont diminué de 30 % entre 2012 et 2017, selon les données présentées lundi. Mais le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Jacques Demers, rappelle que 40 % des paiements au point de service se font toujours avec de l’argent comptant. La croissance de l’économie collaborative, et les activités des petits commerçants dépendent encore de l’accès à de l’argent liquide. On ne peut pas ignorer ce problème.

Desjardins et la FQM travaillent maintenant sur quelques projets-pilotes. La fédération va aussi présenter une plateforme, pour la prochaine campagne, qui débordera largement la seule question des services financiers. On s’inquiète du déplacement des emplois vers les grands centres et on demande que Québec mette en place une politique nationale de déconcentration de l’administration publique vers les régions rurales. 

Le Mouvement Desjardins ne peut porter seul les coûts d’un accès aux services bancaires de proximité quand ses concurrents, et ses propres clients, migrent vers les plateformes numériques. 

«J’ai souvent entendu dire, dans les dernières semaines : Alphonse Desjardins doit donc se retourner dans sa tombe», a souligné M. Cormier aux parlementaires. 

Le Québec a bien changé. Il était impossible à l’époque de M. Desjardins de négocier un prêt ou une hypothèque d’un simple clic, à partir de son domicile. Mais c’est notre réalité. Il faut certes s’inspirer des valeurs qui ont guidé l’œuvre d’Alphonse Desjardins, mais c’est à nous de trouver les outils de notre époque. Alors, laissons-le dormir tranquille.