La «vraie» égalité

Si le Parti libéral et Philippe Couillard ont décidé de parler des «vraies affaires» durant la campagne électorale, Françoise David, de Québec solidaire, souhaite pour sa part parler abondamment de la «vraie égalité» pour les femmes. Un enjeu trop souvent escamoté et limité au port du voile, alors que la réorganisation des services publics et les abolitions de poste dans la fonction publique prônées par certains partis risquent de faire mal aux femmes.
Au début de la campagne, la semaine dernière, la porte-parole de Québec solidaire a souligné que l'égalité entre les hommes et les femmes se réalise au jour le jour et dépasse le débat identitaire que mène le Parti québécois sur le dos d'une minorité de femmes voilées. La vie dans les milieux de travail, les revenus, le soutien aux aînés et aux personnes en perte d'autonomie, les services publics et les services de garde sont, selon Mme David, des éléments qui permettent de mesurer la réelle égalité entre les hommes et les femmes.
On ne peut accuser ici Québec solidaire d'être décroché de la réalité. Des chiffres et des constats exposés dans le cadre de la Journée internationale de la femme montrent bien que l'égalité homme-femme n'est pas encore totalement acquise au Québec. Il ne suffit pas, pour les partis politiques, de réitérer cette valeur fondamentale et d'afficher une brochette de candidates pour prétendre gommer les iniquités et prendre des décisions dans l'intérêt des Québécoises, toutes origines confondues.
L'Institut de la statistique rappelait jeudi qu'en 2013, une femme gagnait près de trois dollars de moins en moyenne l'heure qu'un homme. L'écart persiste entre les deux sexes et qu'importe le niveau de compétence. Une gestionnaire touche 4,24 $ l'heure de moins que son collègue masculin. Chez les professionnelles, l'écart est de 3,79 $ l'heure, et de 3,65 $ chez les techniciennes. Qui plus est, toujours selon l'Institut, la venue d'un enfant vient accroître les écarts salariaux.
Bref, il reste encore du chemin à parcourir. La Loi sur l'équité salariale n'a pas tout réglé. Il est d'ailleurs inquiétant que le gouvernement Marois, qui se gargarise d'égalité homme-femme depuis l'automne, ait porté en appel, en février, un jugement de la Cour supérieure déclarant invalides, inapplicables et inopérantes deux dispositions de la loi réformée en 2009. Des syndicats s'étonnent que des péquistes veuillent ainsi atrophier la Loi sur l'équité salariale au détriment de travailleuses qui ne pourraient plus toucher de rétroactivité.
Autre réalité, les femmes sont aussi majoritaires au sein de la fonction publique et elles sont aussi très nombreuses à occuper un emploi occasionnel. Ce sont donc elles qui risquent d'écoper le plus si les projets de la Coalition avenir Québec et du Parti libéral pour réduire les effectifs des ministères se concrétisent. Moins d'accès à des postes de qualité et moins d'heures de travail compliquent l'autonomie financière et la conciliation travail-famille.
Les femmes risquent également d'être les premières à subir les compressions budgétaires imposées pour rééquilibrer les finances de l'État. Si le budget soumis par le péquiste Nicolas Marceau devait s'appliquer, le réseau de la santé devrait notamment composer avec une croissance des dépenses de 3 %, ce qui laisse craindre d'importantes réductions de services. Les femmes, ces éternelles «aidantes naturelles», seront encore les premières à subir le fardeau d'un malade qui tarde à entrer à l'hôpital, mais qui en ressort trop tôt et sans soutien suffisant à domicile. À l'école, ce sont également des mères qui se buteront le plus souvent au manque de services pour leur enfant en difficulté.
Qu'on ne se leurre pas. Une deuxième charte pour réaffirmer l'égalité entre les hommes et les femmes n'est pas une garantie d'embellie.