La nouvelle mairesse de Montréal, Valérie Plante

La victoire a cent pères

ÉDITORIAL / C’est fou le nombre d’explications à la victoire de Valérie Plante à la tête de la ville de Montréal. Vague rose, rejet de la vieille classe politique et de l’arrogance, déroute du boys club, montée de la gauche, écoute des citoyens, vent de changement, sourire et positivisme. La ministre de la Condition féminine, Hélène David, voit même un lien entre l’élection de dimanche et la vague de dénonciations pour inconduites sexuelles. Laquelle de ces explications va tenir la route et marquer un véritable tournant?

L’élection d’une femme à la tête de Montréal, 375 ans après l’arrivée de Jeanne Mance, est évidemment réjouissante. D’autant plus que Mme Plante sera accompagnée de bien d’autres femmes pour accomplir son mandat et que d’autres candidates (plus de 200) ont été élues mairesses à travers le Québec. Il était plus que temps.

Est-ce le signe que le plafond de verre est brisé une fois pour toutes, que la parité homme-femme en politique, qu’importe le palier de gouvernement, est assurée pour l’avenir?

Pauline Marois a été la première femme à devenir première ministre du Québec. Dix-huit mois plus tard, elle n’était même pas réélue dans sa circonscription. À part Manon Massé qui est co-porte-parole de Québec solidaire, aucune femme ne dirige un parti politique sur la scène provinciale au Québec.

La parité homme-femme en politique connaît aussi l’effet yoyo. Jean Charest avait réussi à former un tel conseil des ministres tout en confiant de gros portefeuilles et de lourdes responsabilités aux femmes. L’exemple n’a pas été très suivi.

La teinte rose va-t-elle résister? Il est prudent de garder en tête le rapport publié la semaine dernière par le Forum économique mondial sur la parité entre les hommes et les femmes dans 144 pays. Après dix ans de progrès lents mais constants, les inégalités entre les sexes se creusent à nouveau. Y compris au Canada, au pays de Justin Trudeau.

L’arrivée des moins de quarante ans au pouvoir va nous prémunir des retours en arrière? Le temps le dira. Moins de «mononcles» en politique vont faire que les préoccupations des jeunes seront davantage entendues? Cela aussi reste à vérifier.

Aux élections provinciales de 2018, le poids électoral de trois générations- boomers, X et Y- sera le même, a noté le professeur François Gélineau. Il ne suffit plus de séduire les baby-boomers. Il faut également convaincre les jeunes d’aller voter.

Être jeune et présent dans les médias sociaux ne garantit pas un succès automatique dans les urnes. Prenons le cas de Gabriel Nadeau-Dubois. Son arrivée à Québec solidaire a entraîné une hausse des membres du parti. En juin, GND affirmait que Québec solidaire était aux portes du pouvoir. Ce n’est toutefois pas ce qu’indiquent les sondages. La formation politique obtient 12 % des intentions de vote. 

Ce n’est pas non plus parce qu’un candidat joue, en campagne électorale, la carte de la transparence, du positivisme, de l’authenticité et qu’il se dit à l’écoute les citoyens qu’il en sera ainsi tout au long de son mandat s’il est élu.

Par exemple, Stephen Harper, Philippe Couillard et Justin Trudeau ont tous promis plus de transparence. Et pourtant, en cours de mandat, cette transparence est apparue à géométrie variable. L’arrogance a aussi tendance à se manifester après quelques années au pouvoir. 

Est-ce que Valérie Plante sera différente, est-ce qu’elle va être l’incarnation du changement tant souhaité par plusieurs citoyens? «Nous avons fait une campagne historique. Nous avons démontré qu’il ne fallait pas tenir les Montréal pour acquis», a-t-elle déclaré dimanche soir. 

Le mot historique est souvent galvaudé en politique. Quelques mois aux commandes et un premier mandat diront rapidement si cette fois-ci, l’adjectif historique avait tout son sens.