Le président Donald Trump

La tentation de la guerre

ÉDITORIAL / Les États-Unis risquent de se laisser entraîner dans une guerre avec la Corée du Nord, alors que le pays s’enfonce tranquillement vers une crise constitutionnelle. Un président aux abois sera-t-il assez irresponsable pour déclencher les hostilités dans de telles conditions?

Il n’y a pas de solution facile face à la menace que constitue l’arsenal nucléaire nord-coréen, mais la maladresse démontrée jusqu’ici par l’administration Trump dans ce dossier ne fait qu’empoisonner les choses.

Cela fait maintenant un an que le poste d’ambassadeur américain en Corée du Sud est vacant. Celui qui devait l’occuper, dont la nomination avait été approuvée par Séoul, vient d’en être écarté par la Maison-Blanche. L’ambassadeur désigné, Victor Cha, était en désaccord avec un scénario de frappe « préventive » envisagé par Washington. Et il a partagé son inquiétude cette semaine dans une opinion publiée par le Washington Post. Les conséquences d’une frappe militaire, même limitée, sont incalculables, ne serait-ce qu’en vies humaines. Et loin de dissuader la Corée du Nord, elles risquent d’avoir l’effet contraire.

À l’occasion du discours sur l’état de l’Union, mardi, le président Trump a eu recours à une inquiétante rhétorique pour diaboliser la dictature nord-coréenne. Inquiétante, parce qu’elle rappelle les procédés employés par George W. Bush avant d’entraîner son pays dans la guerre contre l’Irak.

Et beaucoup plus inquiétante parce que cette fois, c’est l’œuvre d’un président dont la légitimité même est mise en doute par des enquêtes que son parti tente de faire dérailler.

Les manœuvres des républicains sont grossières, mais la grossièreté a permis à Donald Trump de se faufiler jusqu’à la Maison-Blanche. Son discours sur l’état de l’Union a visé juste pour consolider ses appuis auprès d’une base qui serait prête à le suivre jusqu’en enfer, et qui en aura peut-être l’occasion plus tôt que tard.

Rien sur les changements climatiques, sinon pour déclarer la «fin de la guerre à l’énergie américaine et au magnifique charbon propre»; rien sur le mouvement #metoo et les millions de femmes victimes d’agressions sexuelles; rien sur Porto Rico; rien sur le détournement des élections par l’intervention de la Russie.

Ces sujets préoccupent la majorité des citoyens des États-Unis, mais dans le climat actuel la majorité» n’a, elle aussi, qu’une importance relative. Trump n’a pas vraiment besoin de la majorité pour gouverner, sauf peut-être au Congrès.

Il mise beaucoup plus sur la confusion, le cynisme, la méfiance et le mensonge. Ce sont ses armes de prédilection. Face à la progression de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller, il tente de saper le lien de confiance envers le FBI, le corps policier pourtant respecté et admiré aux États-Unis, avec la collaboration de ses alliés au Congrès qui n’éprouvent aucun scrupule à compromettre cette institution en tentant de faire croire à une conspiration contre le président.

Cette théorie est articulée dans le Mémo du Parti républicain. Son propre Département de la justice s’oppose à ce que ce document douteux soit rendu public, mais tout indique que le président n’en fera qu’à sa tête. Celles des autres risquent alors de rouler, et le pays se retrouverait en pleine crise constitutionnelle. Une guerre dans ces conditions ne pourra qu’affaiblir le système démocratique américain.