Ça peut avoir l’air banal de dispenser dès l’an prochain cinq heures d’apprentissages à la sexualité aux élèves du primaire et 15 heures aux jeunes du secondaire. Mais c’est délicat pour les gens qui sont sur le terrain.

La sexualité en classe

ÉDITORIAL / L’éducation à la sexualité est présentée par Québec comme la mesure phare pour contrer le harcèlement et les agressions sexuelles. Et pourtant, il reste des ficelles à attacher avant la rentrée de septembre. C’est une chose de rendre un programme obligatoire. C’en est une autre de s’assurer qu’il sera dispensé par du personnel bien formé et au bon moment.

Certes, tout le monde s’entend, même les syndicats d’enseignants, les directions scolaires et les commissions scolaires, pour dire que l’école a un rôle important à jouer pour éduquer les jeunes en la matière. Mais, si on veut que les objectifs du programme soient atteints, il faut franchir les étapes correctement.

«Il vaut mieux une généralisation parfois imparfaite qu’une formation parfaitement inexacte sur Internet», aime dire Corinne Payne, la présidente de la Fédération des comités de parents.

Ça peut avoir l’air banal de dispenser dès l’an prochain cinq heures d’apprentissages à la sexualité aux élèves du primaire et 15 heures aux jeunes du secondaire. Mais c’est délicat pour les gens qui sont sur le terrain.

Si les écoles ont tardé à appliquer le programme qui a fait l’objet d’un projet-pilote dans une quinzaine d’écoles en 2015-2016, il doit sans doute y avoir de bonnes raisons. Seulement 200 écoles sur 3000 offrent cette année le «cours».

La Fédération des commissions scolaires du Québec indiquait jeudi que plusieurs questions se posent avant la rentrée de 2018 sur l’organisation scolaire. Il faut identifier le personnel qui donnera la matière et prévoir leur formation. Il faut également déterminer de quelle façon les apprentissages seront intégrés dans la grille-matière.

Les syndicats d’enseignants aimeraient aussi savoir comment seront introduits les contenus sur l’anatomie, le consentement, l’amour, les relations sexuelles, les infections transmises sexuellement, etc., dans les cours de français, de mathématiques ou de chimie. Ils auraient souhaité, et avec raison, être consultés et savoir comment s’insère le tout dans la grille-matière. Certains réclamaient d’ailleurs un véritable cours plutôt que l’approche par saupoudrage. 

Le ministre Proulx aurait mis toutes les chances de son côté pour que tout fonctionne harmonieusement cet automne s’il avait obtenu préalablement le «consentement» des enseignants. 

Cet appui l’aiderait aussi à éviter que des parents s’opposent à l’éducation à la sexualité en classe. Si des parents sont inquiets et craignent que le contenu soit inapproprié pour leurs chers petits ou leurs ados qu’ils ne veulent pas voir grandir trop vite, entendre que les enseignants accusent le ministre de précipitation et d’improvisation ne les rassurera pas.

Le gouvernement alloue 3 millions $ pour l’éducation à la sexualité. «On met à la disposition des enseignants et des écoles la formation nécessaire au sein du ministère et on donne la capacité d’embaucher des professionnels pour pouvoir faire ce travail-là», a indiqué jeudi le ministre.

Il ne suffit pas d’annoncer des millions de dollars. A-t-on l’assurance que l’équipe du ministre a bien pris acte des lacunes observées dans le projet-pilote mené dans une quinzaine d’écoles primaires et secondaires et apporté les correctifs nécessaires? Il faut voir plus loin qu’octobre 2018. Les directions d’écoles et les enseignants ne doivent pas être laissés à eux-mêmes. 

Le premier ministre Couillard estime que la vaste majorité des Québécois souhaite le retour de l’éducation à la sexualité à l’école. La vaste majorité des Québécois souhaite aussi que ce soit fait correctement pour en tirer le plus possible des effets positifs.