Si la science doit guider davantage les écoles, il est illogique qu’on l’ignore en amont, pour les services à la petite enfance, écrit notre éditorialiste.

La science et les tout-petits

ÉDITORIAL / Plusieurs souhaitent, et la Coalition avenir Québec est du nombre, que les écoles primaires et secondaires appliquent des politiques et des méthodes pédagogiques fondées sur des données probantes. La même logique doit s’appliquer pour les services éducatifs de garde des enfants de moins de cinq ans. La science et des données solides sont préférables aux impressions et aux expériences des députés lorsque le gouvernement consacre plus de 2 milliards $ par année pour des services de garde et accorde plus de 500 millions $ de crédits d’impôt aux parents.

La liberté de choix des parents ne donne pas aux élus la liberté de faire n’importe quoi et d’investir de façon irréfléchie des fonds publics. En cette matière aussi, les Québécois doivent en avoir pour leur argent.

Si le Québec a décidé de consacrer des fonds publics pour les services éducatifs de garde, ce n’est pas uniquement pour faciliter la vie des parents sur le marché du travail et réduire le travail au noir. C’est aussi pour offrir des services qui permettront aux tout-petits de bien se développer, de mieux cheminer à l’école et dans la vie, qu’importe qu’ils soient de milieux pauvres ou favorisés. La qualité doit être au rendez-vous. Malheureusement, le quart des services de garde est de piètre qualité.

Un prochain gouvernement doit prendre les moyens pour corriger la situation.

Or, c’était cacophonique en fin de semaine à la Coalition avenir Québec (CAQ) sur la question des services de garde. Le débat risquerait aussi d’aller dans toutes les directions chez les libéraux.

Le chef François Legault a d’abord affirmé qu’il fallait privilégier les CPE (centres de la petite enfance] car c’est surtout là que se trouvent les services de meilleure qualité. Quelques jours auparavant, l’Observatoire des tout-petits faisait état de recherches allant en ce sens. La semaine dernière, le député Jean-François Roberge avait aussi critiqué le déploiement du privé ayant causé une «vampirisation des CPE».

À la fin du congrès, repositionnement. La CAQ était pour les CPE, pour les garderies privées, pour la diversité. «Ce qu’on veut, c’est de la qualité de services et la liberté de choix entre un service public et un service privé», a dit M. Legault.

Comment s’y prendra-t-il pour que la qualité soit au rendez-vous au privé comme au public? Un gouvernement caquiste imposerait-il plus d’exigences aux garderies privées pour s’assurer que la qualité des services augmente?

Le chef de la CAQ a-t-il maintenant en mains des données qui démontrent que les CPE ne sont pas la petite merveille enviée ailleurs au Canada et dans d’autres pays? 

Des chercheurs sont-ils sur le point de dévoiler que la formation du personnel, le ratio éducatrice-enfants, la qualité du programme éducatif et des installations n’ont aucune importance sur le développement des bambins et le dépistage des difficultés chez les moins de cinq ans? 

Vite, que la CAQ en informe la population et les chercheurs qui errent en laissant croire que les services sont meilleurs dans les CPE. 

Les députés Éric Caire et Geneviève Guilbault ont-ils convaincu leur chef que les études favorables aux CPE sont erronées ou incomplètes? «Je veux bien qu’il y ait une étude qui dit que j’ai tort, que mes enfants ont été mal servis, mais ce n’est pas vrai», a soutenu M. Caire qui faisait part de son expérience de parent utilisateur de différents modèles de garderie.

Souhaitons que s’ils sont portés au pouvoir, les caquistes prendront leur décision sur de meilleurs arguments. Si la science doit guider davantage les écoles, il est illogique qu’on l’ignore en amont, pour les services à la petite enfance.