Dans un objectif de décentralisation, Philippe Couillard invite les sous-ministres adjoints et les fonctionnaires à faire leurs valises et à déménager pour travailler en Gaspésie (photo), aux Îles-de-la-Madeleine, au Saguenay-Lac-Saint-Jean ou en Abitibi-Témiscamingue.

La reconquête des régions

ÉDITORIAL / Les régions «éloignées» ont la cote. Durant les vacances estivales et… durant les campagnes électorales.

«Vive les régions libres», a lancé Jean-François Lisée, à Sept-Îles. S’il dirigeait de nouveau le Québec, un gouvernement péquiste laisserait une plus grande marge de manœuvre aux acteurs locaux. Le chef du PQ promet la fin des fonctionnaires qui regardent par-dessus leur épaule et du droit de veto de Québec sur les projets régionaux.

Dans un objectif de décentralisation, Philippe Couillard invite de son côté les sous-ministres adjoints et les fonctionnaires à faire leurs valises et à déménager pour travailler en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine, au Saguenay-Lac-Saint-Jean ou en Abitibi-Témiscamingue. Il veut également créer un poste de ministre aux Régions et à la Vitalité du territoire. 

Tous les partis politiques ont par ailleurs leur plan pour que tous les Québécois aient enfin un accès Internet haute vitesse

De bien bonnes intentions. Mais qu’en restera-t-il après le 1er octobre lorsque les électeurs «des régions» auront choisi leur député?

«Nous misons sur l’émergence d’un nouveau modèle de développement régional qui n’est pas dicté par le gouvernement, mais plutôt par le milieu», a soutenu mardi Philippe Couillard, de passage à Gaspé. 

Un tel engagement réussira-t-il à faire oublier que son gouvernement a contribué en 2015 à la création de la coalition «Touche pas à mes régions», regroupant d’anciens ministres des Régions, des maires, dont celui de Gaspé, Daniel Côté, des universitaires, des gens d’affaires, des artistes. 

La coalition reprochait aux libéraux de procéder à une démarche de centralisation sans précédent privant les régions de leviers de développement essentiels à leur épanouissement économique, social et culturel.

«Touche pas à mes régions» dénonçait la politique d’austérité du gouvernement Couillard qui lui faisait perdre de bons emplois dans le secteur de la santé et de l’éducation, mais qui venait aussi remettre en question les conférences régionales des élus, les centres locaux d’emploi et les carrefours jeunesse-emploi, ces lieux régionaux de concertation.

Le Syndicat de la fonction publique du Québec indiquait mardi dans un communiqué que les effectifs de la fonction publique ont été réduits de 4 à 10 % dans des régions depuis 2014, affectant ainsi les services offerts aux citoyens. 

Tout ça est du passé?

Des médias ont rappelé que René Lévesque avait lui aussi promis il y a 40 ans d’installer les fonctionnaires du ministère des Pêches à Gaspé. En vain. Le chef péquiste disait qu’il serait plus facile de faire monter une morue à Québec que de faire descendre un fonctionnaire à Gaspé. 

Quarante ans plus tard, Philippe Couillard est persuadé que des employés à Québec seront intéressés à s’établir en région. Il compte sur la collaboration des syndicats. Les conventions collectives comportent en effet des clauses sur les déplacements. En cas de ratés, un gouvernement libéral pourra invoquer la rigidité syndicale. À suivre. 

À suivre également la promesse de toutes les formations politiques de brancher tout le monde. Ce n’est pas la première fois que les politiciens prennent un tel engagement à l’égard des gens vivant hors des grands centres urbains. 

«Avoir accès à internet haute vitesse, c’est aussi important aujourd’hui, en 2003, que jadis l’accès à l’hydroélectricité ou l’accès au téléphone», disait Jean Charest. Que dit aujourd’hui le chef libéral Philippe Couillard? «En 2018, avoir accès au numérique, c’est essentiel, comme l’étaient l’électricité et le téléphone il y a bien des décennies».

Souhaitons que cette fois soit la bonne.