La peur du changement

Le PQ est confronté à un véritable revirement.
Les années Charest sont trop fraîches à notre mémoire pour que Philippe Couillard joue la carte du «changement». Seule la CAQ peut miser sur cette image pour gagner des votes. Mais parfois, le changement vient des électeurs eux-mêmes. Le dernier sondage Léger, publié la semaine dernière par Le Devoir, montre que c'est ce qui se passe pour le Parti québécois, qui se retrouve devant des choix difficiles.
À première vue, on croirait, au contraire, que rien n'a changé. Les positions par rapport à la souveraineté n'ont pas bougé depuis des décennies, à 40 % pour, et 60 % contre, en gros. Cette stabilité est trompeuse, parce que le profil de la population, lui, a changé. Normalement, l'apport des jeunes générations aurait dû modifier cet équilibre en faveur du Oui.
Le plus surprenant dans ce récent coup de sonde, c'est de voir le Parti libéral dominer chez les 18-24 ans, avec 40 % d'appui, contre 33 % pour le PQ, selon Léger. Si vous avez connu les référendums de 1980 et 1995, pas besoin de vous dire la force que représentait la jeunesse pour le Parti québécois. En 1985, cinq ans après le premier référendum, le PQ récoltait 47 % des votes chez les francophones de 18-19 ans; et encore plus chez les 20-29 ans, où le parti obtenait son meilleur score: 60 %.
Aujourd'hui, nous apprend le sondage Léger, le PQ et le PLQ se retrouvent nez à nez parmi les 25-34 ans, à 32 %. Ces résultats incluent les non-francophones, qui font baisser la moyenne du PQ, mais comme ce groupe ne constitue que 10 % de l'échantillon, il ne peut expliquer à lui seul le glissement qui s'est opéré dans cette tranche d'âge. Ce qu'on voit aujourd'hui témoigne d'un véritable revirement.
Si le projet souverainiste avait suscité un appui soutenu des jeunes, le remplacement des générations aurait éventuellement dû faire pencher la balance. En 2005, deux professeurs du Département de sociologie de l'Université Laval s'étaient d'ailleurs avancés à prédire que si un troisième référendum avait lieu en 2010, l'option du Oui obtiendrait un appui majoritaire (53 %) grâce à un «effet de générations». Selon eux, 67 % des 18-24 ans accordaient alors un appui ferme à la souveraineté. On prévoyait donc que cette cohorte soit un agent de changement.
On avait en plus identifié un autre groupe où le camp du Oui avait fait des gains : le vote allophone. Au moment de leur étude, les chercheurs estimaient que l'appui à la souveraineté atteignait 27 % dans cet électorat.
Neuf ans plus tard, cet appui, s'il a jamais existé, s'est évaporé. En janvier, alors que s'amorçaient les travaux de la commission parlementaire sur la charte des valeurs, seulement 10 % des non-francophones se disaient favorables à la souveraineté. Et la semaine dernière, cette option ne récoltait plus que 6 % d'appui dans ce groupe, dont le PQ ne recueille que 9 % des intentions de vote.
Des changements comme ceux-là font peur à un parti. Les jeunes Québécois, ceux qui auraient à bâtir le pays convoité, ne sont plus autant attirés par l'aventure souverainiste. La flamme n'est pas éteinte, loin de là, mais elle ne brûle plus avec la même intensité.
Confronté à cette baisse de la ferveur, le PQ se tourne vers une autre clientèle, celle qui a permis à l'ADQ de le supplanter lors des élections de 2007. On n'a pas oublié cette frousse, dans l'entourage de Mme Marois.
Depuis le début de la campagne, le ministre Bernard Drainville répète chaque jour que la charte des valeurs est l'enjeu de cette élection, que «voter pour le PQ, c'est voter pour la charte» et que «voter pour les libéraux, c'est voter contre la charte», etc. S'il existait des doutes sur la stratégie électoraliste qui se cachait derrière son projet, M. Drainville s'est lui-même chargé de les éliminer.