La paye des uns et des autres

Les débats sur les payes et sur la valeur du travail des uns et des autres ne font que débuter. La rémunération représentera, en 2014-2015, 59 % des dépenses de programmes que le gouvernement Couillard a entrepris de réviser pour refléter la capacité de payer des citoyens. Or, la rémunération des employés du secteur public accuse un retard sur celle des salariés des grandes entreprises privées. Québec est par ailleurs conscient qu'il doit conserver une expertise interne pour garantir des services publics de qualité et demeurer attrayant pour les jeunes diplômés. Un casse-tête qui risque de provoquer d'autres tempêtes.
L'ancien ministre libéral, Claude Castonguay, a raison de s'indigner de l'exemple donné par le ministre de l'Éducation, Yves Bolduc. «Alors que le Québec traverse une période difficile, il a donné le pire des exemples en se servant à deux mains dans notre pauvre assiette à beurre», a-t-il écrit au premier ministre Philippe Couillard.
Avec le cas Bolduc, et avec la désinvolture et l'arrogance avec lesquelles M. Couillard et son ministre de la Santé, Gaétan Barrette, ont réagi aux abus du député-médecin de Jean-Talon, l'équipe libérale est mal placée pour entreprendre les discussions avec les employés de la fonction publique, des réseaux de la santé et de l'éducation dont les contrats viendront à échéance au printemps.
Comment parler sérieusement de la nécessité de respecter la capacité de payer des contribuables, de productivité et d'efficience, de rémunération concurrentielle et d'équité, lorsqu'un député a empoché son salaire de député et 215 000 $ d'incitatifs financiers pour prendre en charge des patients qu'il a laissé tomber quelques mois plus tard pour redevenir ministre?
«Le gouvernement souhaite envoyer un message clair : il resserre le contrôle des dépenses de l'ensemble de l'appareil gouvernemental tout en assurant le maintien des services prioritaires. Chaque dépense doit être évaluée, priorisée et justifiée en prenant en compte le contexte présent et l'intérêt collectif. Nous ne dérogerons pas de cet objectif et c'est ainsi que les Québécoises et Québécois retrouveront confiance en l'État», indiquait le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, lors de la présentation du budget et des crédits. Un message pour le trio Couillard, Barrette et Bolduc qui oublie que les services publics ne roulent pas uniquement avec des médecins.
Il faut également des ingénieurs, des enseignants, des infirmières, des informaticiens, des actuaires, des comptables, des gestionnaires et d'autres catégories d'employés pour remplir les missions de l'État et donner des services aux citoyens.
Comment établir une politique de rémunération juste pour tous, salariés et cadres, qui tient compte des réalités propres à certains secteurs, aux besoins criants à combler? Comment par exemple s'assurer que les conditions offertes aux ingénieurs et aux techniciens des Transports ne les poussent pas à postuler en masse au privé? Même chose pour les personnes spécialisées en informatique, en finances. On peut ajouter les médecins à nos exemples. Comment faire pour que les recrues optent pour la médecine familiale et la prise en charge de patients difficiles sur la première ligne, s'il est plus valorisant et payant de travailler à l'hôpital et de se spécialiser?
Le mur-à-mur, l'augmentation salariale annuelle uniforme comportent des limites. Il faut donc ajouter des primes, des incitatifs, des conditions particulières pour bonifier le traitement. Mais, il est essentiel d'expliquer et de justifier dans quels buts ils ont été accordés à certains et non à d'autres. L'arbitraire et le favoritisme sont à proscrire. Une règle qui s'applique aux syndiqués comme aux cadres. Il est aussi essentiel de mesurer si les objectifs de ces «extras» sont atteints et s'ils entraînent des effets pervers. Cela vaut pour les médecins et pour tous ceux qui reçoivent un chèque de paye de l'État.