La paye de Trudeau

Le salaire de base d'un député à Ottawa est de 157 731 $ par année. C'est plus de trois fois le salaire moyen d'un travailleur canadien. Avec cette rémunération minimale, les députés, y compris ceux qui portent un nom de famille vendeur comme «Trudeau», devraient s'abstenir de réclamer un supplément lorsqu'ils prononcent des conférences devant des organismes à but non lucratif.
Autre histoire de chèque embarrassante à Ottawa. Cette fois, elle concerne le Parti libéral. Le chef Justin Trudeau s'est en effet trouvé sur la sellette ces derniers jours pour les milliers de dollars qu'il a reçus d'organismes de bienfaisance qui avaient sollicité sa collaboration pour mousser leur campagne de financement. 
Attaqué et raillé en Chambre par ses adversaires politiques, le chef libéral convient maintenant que ce n'était pas l'idée du siècle. Il remboursera ou dédommagera les 17 groupes à but non lucratif à qui il avait vendu ses services de conférencier. M. Trudeau signera des chèques personnels.
Convenons que cette histoire n'est pas tordue et trouble comme celle entourant le chèque de 90 000 $ remis par l'ex-chef de cabinet du premier ministre, Nigel Wright, au sénateur Mike Duffy. M. Trudeau n'a pas fraudé ni tenté de cacher des faits ou sa situation financière. Elle témoigne néanmoins de deux choses : le manque de jugement et de sensibilité de Justin Trudeau, et le fossé qui existe trop souvent entre les élus et les citoyens.
Bien des gens ont été étonnés l'hiver dernier lorsqu'ils ont appris que Justin Trudeau, enseignant de formation, mais surtout fils de l'ex-premier ministre Pierre Elliott-Trudeau, pouvait toucher plus de 400 000 $ par année en faisant des discours. Par souci de transparence, M. Trudeau avait accepté, à la demande du Ottawa Citizen, de dévoiler sa situation financière. Entre 2006 et 2009, les mots de Trudeau lui ont rapporté 1,3 million $.
Justin Trudeau exploitait ses talents de conférencier avant même de devenir député à Ottawa en 2008, et avant même d'être candidat à la direction du Parti libéral. Il faut bien gagner sa vie. Il aurait cependant dû savoir qu'en devenant député, il devait revoir ses façons de faire. Il y a des choses qui ne se monnayent plus lorsqu'on devient député, que l'on assume une charge publique et que notre paye provient des contribuables.
Dommage que les conservateurs, qui ne sont surtout pas des modèles en éthique, doivent lui faire la leçon. On donne de l'argent aux organismes à but non lucratif, on ne leur enlève pas, a rappelé James Moore, ministre du Patrimoine.
Le gouvernement, embarrassé depuis des semaines par le comportement de sénateurs conservateurs et le rôle joué par le bureau de Stephen Harper, était heureux de dévier un peu l'attention sur les libéraux. La demande de remboursement du groupe Grace Foundation représentait une occasion en or. Le groupe réclame 20 000 $ à M. Trudeau parce que sa participation à une campagne de financement n'a pas permis d'atteindre les objectifs souhaités.
Espérons que M. Trudeau aura compris le message et qu'il ne sera plus tenté d'arrondir ainsi ses fins de mois. Le chef libéral doit garder en tête que la rémunération des élus est un sujet très sensible pour les contribuables. Ils n'apprécient pas ceux qui cherchent à s'enrichir toujours plus.
Faire de la politique n'est pas un moyen de garnir son portefeuille. M. Trudeau peut toujours se consoler. S'il devient un jour premier ministre du Canada, sa présence sur une tribune vaudra encore plus cher lorsqu'il quittera la scène politique. L'ex-président des États-Unis, Bill Clinton, a reçu 75 millions $ en dix ans pour prononcer des conférences. Une somme de 331 000 $ a été proposée à Nicolas Sarkozy, ex-président de la France, pour 45 minutes de parole. Patience.