Les présidents russe et américain, Vladimir Poutine et Donald Trump, se sont rencontrés lors du G20 tenu en Alllemagne la semaine dernière.

La parole de Poutine

ÉDITORIAL / Vladimir Poutine a assuré Donald Trump que son pays ne s'est pas impliqué dans les élections américaines. Dossier classé, a annoncé le président des États-Unis. On laisse tomber cette histoire et on se tourne vers l'avenir. Quel cabotin! Pensait-il vraiment que Poutine admettrait que ses espions ont collaboré à faire battre Hillary Clinton? Et croit-il les Américains à ce point naïfs qu'ils accepteront la parole du président russe? C'est du théâtre, tout ça.
Ce qui est moins théâtral, c'est la rencontre que son fils Donald Trump junior a eue pendant la campagne de 2016 avec une avocate russe liée au Kremlin, qui promettait de dévoiler des informations compromettantes sur Mme Clinton. Le gendre du président, Jared Kushner, et le président de la campagne électorale de Trump, Paul Manafort, ont également assisté à cette rencontre.
S'il faut croire leur version des faits, l'avocate n'avait rien d'intéressant à leur apprendre. La discussion aurait plutôt porté sur l'adoption d'enfants russes par des couples américains... Cette version n'a aucune crédibilité : trois membres aussi importants de l'équipe Trump n'auraient jamais rencontré une avocate dont ils ne connaissaient même pas l'identité. Le simple fait d'avoir accepté une telle rencontre à un si haut niveau démontre que l'équipe de Donald Trump était prête à tout, même à l'aide de Moscou, pour gagner les élections présidentielles. Seule l'enquête du procureur indépendant Robert Mueller permettra d'aller au fond des choses dans ce comportement condamnable. 
Fin de la discussion, passons à un autre dossier.
Le «programme grand voyageur», vous connaissez? C'est le traitement auquel les Américains ont soumis l'adolescent Omar Khadr à Guantanamo. Il consiste à réveiller un prisonnier toutes les trois heures et à le transférer de cellule en cellule plusieurs fois par jour pendant trois semaines. Le but visé, ainsi décrit par la Cour suprême du Canada, était «d'amoindrir sa résistance lors des interrogatoires». Inutile de dire que le détenu soumis à cette forme de torture n'a pas droit à un avocat...
Le Canada a été «complice» de ces traitements réservés à Khadr. Nos agents de renseignements l'ont même interrogé à Guantanamo en toute connaissance de cause. Ils ont ensuite refilé les informations obtenues aux tortionnaires américains. Pas de quoi s'en péter les bretelles! Et quand, en désespoir de cause, Khadr a plaidé coupable dans l'espoir d'être rapatrié au Canada, le premier ministre Stephen Harper a refusé. 
Treize ans plus tard et après trois jugements de la Cour suprême, le gouvernement Trudeau en est venu à une entente avec le jeune homme : des excuses publiques, et une compensation de 10 millions $.
Juridiquement, le gouvernement n'avait pas le choix. Il faisait face à une poursuite de 20 millions $, et il avait déjà investi 5 millions $ en frais d'avocats dans cette affaire. Justin Trudeau a préféré fermer le dossier.
Politiquement, c'est une autre affaire : allez expliquer aux gens, dans la rue, pourquoi il faut donner 10 millions $ à un présumé terroriste, même s'il était un enfant soldat et que les Américains l'ont torturé et l'ont gardé en prison pendant une décennie.
Il y a des dossiers comme ça, en politique : indéfendables politiquement pour une majorité de gens, mais où les gouvernements n'ont pas le choix. Les critiques du gouvernement l'accusent de faiblesse et d'hypocrisie. Je pense au contraire qu'il aurait été beaucoup plus faible et hypocrite de laisser traîner l'affaire devant les tribunaux, pour laisser aux juges l'odieux de déterminer la compensation due à Kadhr.