Une bonne note sur le rapport préélectoral sur l’état des finances publiques ne signifie pas que le gouvernement Couillard obtient la note de passage dans toutes les matières, écrit notre éditorialiste.

La note de passage, mais...

ÉDITORIAL / Il est rare qu’un gouvernement se réjouisse du dépôt d’un rapport du Vérificateur général. C’est habituellement une bien mauvaise journée à passer car il identifie les lacunes dans les ministères et organismes gouvernementaux. Celui sur l’état des finances publiques à la veille des élections fait exception. L’équipe de Guylaine Leclerc juge plausibles et dignes de foi les hypothèses et les prévisions du ministre des Finances. Les libéraux se délecteront et exploiteront ces mots. Gare toutefois aux extrapolations.

Le premier ministre Philippe Couillard a vite fait part de son interprétation. Selon lui, le rapport de la vérificatrice démontre que son équipe est l’une des meilleures de l’époque moderne en matière de gestion des finances publiques et de l’économie. Rien de moins.

Certes, l’exercice mené pour la première fois par le bureau du vérificateur permettra à toutes les formations politiques de présenter leur plateforme électorale et leur cadre financier à partir des mêmes assises.

Le parti qui formera le prochain gouvernement ne pourra faire le coup aux citoyens de découvrir le 2 octobre un trou dans les finances publiques, une impasse budgétaire qui vient compromettre la réalisation de belles et coûteuses promesses. Voilà une excuse pour ne pas livrer la marchandise qui disparaît.

Le ministère des Finances fait preuve de transparence et de rigueur dans les informations livrées, au dire de la vérificatrice qui accorde la note de passage au gouvernement.

Mais, une bonne note sur le rapport préélectoral sur l’état des finances publiques ne signifie cependant pas que le gouvernement Couillard obtient la note de passage dans toutes les matières.

En conférence de presse, Guylaine Leclerc a pris soin d’indiquer que «son rôle n’est pas d’évaluer les choix budgétaires du gouvernement en place. Nous ne portons pas de jugement sur ses choix. Il n’est pas de notre rôle non plus de faire nos propres projections ni d’établir la probabilité de réalisation des prévisions.»

Elle formule d’ailleurs des bémols qui peuvent s’avérer utiles pour les électeurs, qu’importe vers quel parti politique ils penchent.

Ainsi, son bureau estime qu’une incertitude importante et croissante entoure l’évaluation de prévisions au-delà de trois ans. Prenons donc avec un grain de sel les engagements qui vont au-delà de 2021. 

Mme Leclerc rappelle aussi que son bureau et le gouvernement sont en désaccord sur la comptabilisation des paiements de transferts. Selon l’estimation du bureau de la vérificatrice, la pratique comptable du gouvernement sous-évalue la dette nette et la dette représentant les déficits cumulés de 9,6 milliards $ au 31 mars 2017. 

Le rapport de la vérificatrice pourra servir aussi à enrayer le discours de peur utilisé par le premier ministre Couillard. «L’instabilité économique est à nos portes», disait-il en juin

Mme Leclerc estime qu’il y a suffisamment de marge de manœuvre à l’intérieur du budget préélectoral pour compenser les risques économiques. Une fin de l’ALENA affecterait de 0,5 % le PIB, soit une baisse de 350 millions $.

Le manque de main-d’œuvre et les délais pour procéder à des embauches est par ailleurs un élément d’incertitude relevé par la vérificatrice. Une note qui rappelle que de vouloir réduire l’immigration, comme le propose la CAQ, n’est pas sans risque.

Le rapport sur l’état des finances publiques permet par ailleurs à l’opposition péquiste d’annoncer le retour de l’austérité budgétaire. 

La croissance annuelle des dépenses a été en moyenne de 2,8 % de 2011-2012 à 2016-2017. De 2018-2019 à 2020-2021, la croissance moyenne attendra 3,7 %, lit-on dans le rapport divulgué lundi. 

Ce jeu de yo-yo sert-il bien les citoyens ou seulement les politiciens?