Nommé ministre de la Transformation numérique, Éric Caire, ne voit plus la pertinence de tenir une commission d’enquête sur les coûteux dérapages informatiques.

La mise à jour d’Éric Caire

ÉDITORIAL / Ça ne change peut-être pas le monde de devenir ministre, mais ça change grandement la façon d’évaluer les choses. Nommé ministre de la Transformation numérique, Éric Caire, ne voit plus la pertinence de tenir une commission d’enquête sur les coûteux dérapages informatiques. Souhaitons qu’un futur rapport du Vérificateur général confirmera sa lecture positive.

Il y a trois ans, la vérificatrice Guylaine Leclerc soulevait encore des faiblesses dans le processus de gestion et les mécanismes de contrôle des contrats en technologies de l’information.

Elle suggérait que le Secrétariat du Conseil du Trésor renforce ses interventions auprès des ministères et organismes. La vérificatrice constatait que le recours au secteur privé était encore très fréquent malgré les risques identifiés dans des rapports depuis 2005.

Lorsqu’il était dans l’opposition, le député caquiste Éric Caire a réclamé à maintes reprises une enquête publique. Interrogé récemment par Québecor, le ministre Caire dit maintenant qu’il ne «peut pas réparer le passé».

«Ce que les Québécois veulent savoir, c’est ce qu’on fait à partir de maintenant pour que ça ne se reproduise plus jamais. Ces questions-là, je vais toutes y répondre».

M. Caire n’était pas seul à vouloir une enquête. Dès 2013, le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec le souhaitait, voyant des similitudes entre la gestion des technologies de l’information et la gestion des contrats dans la construction.

Une coalition formée de 16 organisations revenait à la charge en 2015. Elle déplorait le manque de concurrence, la dépendance du gouvernement à l’égard d’une poignée de firmes privées, le manque d’expertise à l’interne. 

Tout ça est du passé? L’UPAC a débarqué à Revenu Québec et à la Sécurité publique. Les changements apportés à la suite de la commission Charbonneau sur l’octroi des contrats publics dans la construction ont eu un effet dissuasif sur les contrats en informatique? Le gouvernement Couillard a bien suivi les recommandations du vérificateur général et ajouté les verrous qui manquaient? Québec a réussi à se bâtir une expertise solide et est moins dépendant du privé?

Personne ne doute de la bonne volonté du ministre Caire. Mais, un regard externe, comme celui du vérificateur général, sera essentiel pour convaincre la population que le gouvernement a bel et bien repris le contrôle et diminuer considérablement sa dépendance à la sous-traitance.

Le portrait de la main-d’œuvre en technologies de l’information de la fonction publique du Québec (2017) révèle que la proportion de «personnes internes» est passée de 66,4 %, en 2015, à 72,9 % en 2017.

La période d’austérité budgétaire a-t-elle ralenti des projets et le recours au privé? L’État a-t-il réussi à réunir du personnel expérimenté même si le secteur privé, les grandes villes et le gouvernement fédéral offrent de meilleures conditions de travail? A-t-il les ressources techniques et professionnelles requises pour lancer le plan numérique du ministre Caire?

Le mois dernier, ce dernier affirmait au Soleil que son plus grand défi sera celui de la main-d’œuvre. Il se disait prêt à hausser la rémunération et à offrir un milieu de travail stimulant. 

Les syndicats attendent la suite. Ce n’est pas la première fois qu’un nouveau gouvernement promet de mieux rémunérer certaines catégories d’employés. Les ingénieurs du gouvernement en savent quelque chose. Quand arrive la négociation pour le renouvellement des conventions collectives de tous les salariés de l’État, survient toujours un «bogue».