La légèreté du trio médical

Le dossier d'Yves Bolduc doit être scruté à la loupe par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) afin de s'assurer que le médecin-député n'a pas touché des incitatifs financiers auxquels il n'avait pas droit en prenant en charge 1500 patients et en les laissant tomber pour redevenir ministre. Yves Bolduc doit aussi s'engager à rembourser les sommes s'il est trouvé fautif. L'exercice est essentiel pour redonner de la crédibilité au trio de médecins Couillard-Barrette-Bolduc pour qui rien n'est jamais trop beau pour les médecins, même en période d'austérité.
Le gouvernement Couillard prend avec beaucoup trop de légèreté la controverse suscitée par la nouvelle de notre journaliste Simon Boivin, exposant qu'Yves Bolduc, maintenant ministre de l'Éducation, a empoché 215 000 $ en prenant en charge 1500 patients lorsqu'il cumulait les fonctions de médecin et de député dans l'opposition. M. Bolduc additionnait aussi les payes : 89 950 $ comme député, 215 000 $ en incitatifs pour la prise en charge de nouveaux patients et 150 000 $ en actes médicaux.
Certains jugeront inacceptable qu'un homme reçoive une double rémunération tirée des fonds publics. Bourreau de travail et médecin d'expérience, M. Bolduc assumait ses tâches de député de Jean-Talon et travaillait quelques jours par semaine, surtout le samedi et le dimanche matin et les jours fériés, dans une clinique de Sainte-Foy. A-t-il ainsi cherché le maximum en donnant le minimum, aussi bien comme député qu'en tant que médecin, comme le prétend Claude Castonguay? Il a été réélu comme député et des patients l'ont choisi comme médecin de famille en sachant qu'il était aussi député.
Pour nous, c'est surtout la prime de 215 000 $ reçue pour prendre en charge des patients pendant une courte durée qui pose problème. Dire que le député-médecin a suivi les règles en vigueur ne suffit pas. D'autant plus que ces règles ont été introduites lorsqu'il était lui-même ministre de la Santé. Il est important que la RAMQ s'assure que les règles en vigueur ont bel et bien été respectées par tous les omnipraticiens, y compris le médecin Bolduc. Il était risqué d'inscrire des patients sur sa liste alors que le climat politique était incertain. A-t-il au moins respecté la règle des 12 mois?
En qualifiant la situation de «bien grosse tempête dans un petit verre d'eau», le premier ministre Couillard fait une bien mauvaise lecture. En présentant sans nuances son ministre comme un bon médecin qui a pris soin de patients orphelins, il néglige les conclusions qu'en tireront plusieurs Québécois. Celle d'un gouvernement qui adopte des règles qui servent les intérêts des amis libéraux. Celle d'un gouvernement qui ferme les yeux sur la gloutonnerie de certains et qui impose aux autres de se serrer la ceinture. Celle d'un gouvernement qui n'éprouve aucune gêne à utiliser les fonds publics pour garnir le portefeuille de personnes déjà bien nanties. Celle aussi d'un gouvernement qui évalue mal l'impact des ententes qu'il conclut avec les médecins.
En offrant des incitatifs de 100 $ et 208 $ aux médecins, Québec semble avoir négligé certains aspects. Les objectifs de départ étaient certes louables : valoriser et mieux rémunérer la médecine familiale ainsi qu'inciter les omnipraticiens à prendre plus de patients. Mais la pilule dorée a-t-elle provoqué des effets secondaires indésirables?
La somme prévue à cette fin a dû être revue à la hausse. On peut y voir une réussite. Les médecins prennent plus de patients sous leurs ailes. En moyenne, les 4000 médecins ont inscrit de 30 à 40 malades de plus, selon la Fédération des omnipraticiens. On peut présumer malheureusement que certains médecins ont vu aussi une belle occasion de hausser leur rémunération sans trop d'efforts et sans sentir l'obligation d'un engagement de longue durée. Le gouvernement péquiste a heureusement fermé le robinet lors de son passage.