Emmanuel Macron et Donald Trump ont affiché une belle unité lors de la visite du président américain à Paris, son homologue français cherchant à nouer une alliance avec lui, qui pourrait profiter à toute la communauté internationale.

La grande séduction de Macron

ÉDITORIAL / Tout le monde a besoin d'un ami, même Donald Trump... La visite du président américain à Paris et l'accueil chaleureux que lui a réservé Emmanuel Macron sont révélateurs d'une campagne de séduction exceptionnelle de la part de l'Élysée. Le jeune président français cherche à nouer une alliance dont toute la communauté internationale pourrait profiter.
La chimie entre leaders internationaux est importante. On a vu que les rapports ne seront jamais très chaleureux entre Donald Trump et la chancelière allemande Angela Merkel. La situation est totalement différente avec Macron.
Les choses auraient pu tourner différemment. La poignée de main «virile» entre les deux présidents le 25 mai, au sommet de l'OTAN, et le différend entre les deux hommes sur les changements climatiques ne laissaient présager rien de bon. Mais Macron n'allait pas abandonner pour autant. Au Sommet du G7, le 25 mai, il a salué Trump comme un homme «pragmatique ouvert et qui a envie de travailler». Pendant qu'Angela Merkel se disait insatisfaite du comportement américain, Emmanuel Macron disait avoir vu là «un dirigeant qui a des convictions fortes». Il a même dit espérer voir les États-Unis confirmer leur engagement sur l'accord de Paris.
Quand Trump a annoncé son retrait de cet accord, Macron a joué d'audace : il a paraphrasé le slogan de campagne du républicain pour répliquer en anglais, dans une vidéo : «Make our planet great again».
C'est le 8 juillet, au sommet du G20 à Hambourg, que le vent a tourné. On a tous vu Emmanuel Macron multiplier les accolades et le small talk avec Trump. Il a quand même réitéré son espoir de voir l'Américain changer d'opinion sur le climat, et il a annoncé un nouveau sommet sur le sujet à Paris, le 12 décembre prochain.
Jeudi et vendredi, Macron a déroulé le tapis rouge pour son homologue américain en visite à Paris. Une visite qui les a amenés au traditionnel défilé militaire du 14 juillet, pour le 100e anniversaire de l'entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale. Jeudi, à la conférence de presse conjointe avec son invité, le président français a terminé sa présentation avec les mots suivants : «Merci encore, cher Donald». Interrogés sur leurs relations personnelles pendant ce même point de presse, les deux hommes se sont déclarés amis. Trump qui avait déjà fait porter à la faiblesse de la France le blâme pour les attentats terroristes à Paris et à Nice, a déclaré jeudi que les Français avaient maintenant un «grand président», «a tough guy», et que les choses iraient bien dorénavant.
Où s'en va-t-on avec cette belle amitié? L'affaire me rappelle les relations de même nature tissées par Brian Mulroney avec les leaders de sa génération, dont François Mitterand et George Bush qui ne s'aimaient guère. Lorsqu'il y avait un litige entre les deux, c'est Mulroney qui jouait au médiateur. Depuis sa victoire présidentielle, Emmanuel Macron a multiplié ses opérations de «grande séduction». L'homme est intelligent. Il a démontré jeudi, en conférence de presse aux côtés de Trump, un savoir-faire exceptionnel. 
Personne ne saurait prédire combien de temps Donald Trump, le mal aimé, sera président des États-Unis. Mais en attendant, il vaut mieux «faire avec» de façon intelligente comme l'a démontré Macron. Après un tel accueil à Paris, on est en droit de se demander quels sont les plans de Justin Trudeau. Trump n'est toujours pas venu au Canada, même si la tradition voulait que ce soit la première destination à l'étranger de tous les présidents américains. Il faudra bien l'accueillir un jour...