La faute de Fatima?

Le chef libéral Philippe Couillard a beau dénoncer l'irresponsabilité et la démagogie dont fait preuve le gouvernement Marois pour gagner des appuis avec sa charte des valeurs, les tergiversations au sein de son parti contribuent grandement au succès des péquistes. M. Couillard doit faire son mea-culpa. Fatima Houda-Pepin n'est pas l'unique source de ses problèmes. Le chef a laissé le champ libre à Bernard Drainville et Pauline Marois, et il a été incapable de porter l'attention des Québécois sur un autre enjeu.
Les orientations du gouvernement sont connues depuis le début de septembre, le ministre Drainville a déposé le projet de loi 60 en novembre et la commission parlementaire qui épluchera 270 mémoires d'ici le printemps a amorcé ses travaux la semaine dernière. Or, ce n'est qu'hier que le caucus libéral a été capable de se positionner sur cet épineux dossier, et l'exercice s'est conclu par le départ de Mme Houda-Pepin, députée de religion musulmane. On a déjà vu mieux comme flair et réflexe politiques.
Ce sont pourtant les libéraux qui ont appelé la commission Bouchard-Taylor à la rescousse en 2007 et accueilli son rapport un an plus tard. Ce sont eux qui ont présenté un projet de loi en 2010 pour que les services publics soient donnés et reçus à visage découvert. Ils n'avaient donc pas besoin de prendre quatre mois et tenter de réinventer la roue pour arriver aujourd'hui avec une position dite de ralliement.
Il fallait cependant être capable d'exprimer clairement celle-ci, de la justifier et d'expliquer en quoi elle servait mieux les intérêts des femmes et des hommes du Québec que celle trop rigide et exclusive du Parti québécois. Il fallait également être présent sur la place publique pour relever les incohérences, les raccourcis et les manoeuvres démagogiques du gouvernement, plutôt que de s'emmêler dans le tchador. Il fallait rappeler que pour des raisons de sécurité, d'identification ou de communication, l'interdit de signes religieux pouvait se justifier et ne pas être considéré comme une atteinte à la liberté de conscience et de religion.
Manifestement, M. Couillard et son équipe ont été incapables de prévoir que la charte des valeurs animerait le débat public pendant des mois. Ils n'ont pas saisi non plus que les faits, la rationalité et le cadre légal existant ont bien peu de poids pour des individus qui ont peur de l'inconnu (celui qui n'est pas catholique et qui porte un signe religieux ostentatoire) et qui craignent une atteinte à leur identité.
Un Bernard Drainville apparaît alors comme un protecteur et un sauveur même si l'ennemi est fictif et même si le gouvernement ne fournit pas l'arsenal adéquat pour le faire fuir s'il se présente.
Hier, M. Couillard a indiqué qu'il partageait les préoccupations des Québécois qui craignent la montée de l'intégrisme et qui ont l'impression qu'ils sont les seuls à faire des concessions lorsque vient le moment de trouver un accommodement. Il est plus que temps qu'il les rassure et qu'il démontre en quoi la position libérale est garante de paix sociale, de respect des droits et libertés de chacun et d'harmonie. Et ce, sans que l'égalité entre les hommes et les femmes soit compromise, sans que les Québécois de souche aient à renoncer à ce qu'ils sont et à ce qu'ils croient et tout en assurant la neutralité de l'État.
Lorsqu'il était ministre de la Santé, un poste qui n'est pas une sinécure et où les adversaires peuvent user de démagogie, Philippe Couillard savait se montrer pédagogue, empathique, convaincant, rassurant et proactif. Ces qualités lui font cruellement défaut depuis qu'il est chef du parti. Il peut bien imposer son autorité à une députée opposée à la position du Parti libéral sur la charte, cela ne suffira pas.