Une brochette de ministres — et de médias — s’entassait lundi dans les trop petites salles du ministère des Transports pour une annonce qui ne nous apprend pas encore grand-chose.

La course vers le troisième lien

ÉDITORIAL / Il y avait du bon et du mauvais dans l’annonce, lundi, par la ministre déléguée aux Transports, Véronyque Tremblay, de l’appel d’offres public pour l’étude d’opportunité sur le projet d’un éventuel — et toujours hypothétique — troisième lien routier entre les deux rives du fleuve.

Difficile de reprocher aux responsables du bureau de projet d’aller de l’avant rapidement. Pour une fois qu’on ne se traîne pas les pieds dans un dossier d’une telle envergure. Mais leur efficacité semble aussi déterminée en fonction du calendrier électoral.

Une brochette de ministres — et de médias — s’entassait dans les trop petites salles du ministère des Transports pour une annonce qui ne nous apprend pas encore grand-chose. On est clairement, de part et d’autre, journalistes comme politiciens, en mode électoral. Et dans un dossier aussi important et complexe que celui-là, ce n’est pas nécessairement une si bonne nouvelle. 

Étienne Grandmont, le directeur général d’Accès transports viables, a entièrement raison de déplorer qu’un tel dossier soit aussi politisé. Mais même s’il était confié à une entité indépendante, comme l’Autorité régionale de transport métropolitain à Montréal pour le transport collectif, les électeurs demanderont tôt ou tard des comptes politiques pour la décision ultime. À défaut d’évacuer complètement la politique d’une telle démarche, il faudrait au moins essayer de l’isoler des aléas d’une élection.

Mais le Parti libéral veut nettement lier son sort à celui du projet. À entendre Mme Tremblay, il s’agit donc moins de savoir si un nouveau lien est nécessaire que de décider où celui-ci doit être aménagé. Le maire de Québec, heureusement, n’est pas encore rendu là et continue de demander qu’on justifie ce projet en fonction des gains et des coûts qu’il entraînera. 

Le grand intérêt de cette étude, qui sera entreprise dès le début 2018, sera justement de mettre un peu plus de viande autour de cet os. La justification d’un troisième lien ne devrait pas être prise pour acquise avant que cet exercice ait été complété. L’annonce d’hier donne l’impression qu’on mettra les bouchées doubles, encore une fois, semble-t-il, pour fournir des munitions aux candidats pour l’élection provinciale de 2018. 

On va par exemple accélérer la compilation des résultats de l’enquête « Origine-destination » 2017 afin d’être en mesure de présenter des « faits saillants » de l’analyse des besoins dès l’été prochain. 

Il faudra attendre d’en savoir un peu plus sur le cadre qui a été défini pour cette étude d’opportunité. Le bureau de projet semble néanmoins vouloir faire les choses comme il faut et arrimer la démarche au projet de construction du pont de l’île d’Orléans ainsi qu’à l’élaboration du réseau structurant de transport collectif promis par M. Labeaume.  Il s’agit maintenant de leur laisser les coudées franches pour que les firmes retenues puissent nous fournir tous les éléments nous permettant de prendre nous-mêmes la meilleure décision, dans l’intérêt de toute la région. 

Le champ de l’étude dépasse le projet d’un troisième lien, puisqu’il s’agit de déterminer comment « optimiser » le réseau de transport de Québec et la Rive-Sud. Il faudra aussi tenir compte de l’impact d’un éventuel projet en termes d’émissions de gaz à effet de serre, et sur l’étalement urbain inévitable qui suivra un éventuel 3e lien à l’est du territoire. 

Rien ne sert de courir, dit le proverbe...