Plusieurs centaines de personnes se sont rendues devant l’ambassade des États-Unis à Istanbul, en Turquie, afin de manifester leur mécontentement à la suite de l’annonce de la reconnaissance de la ville de Jérusalem en tant que capitale d’Israël par le président Trump.­

Jérusalem: un geste irréfléchi

ÉDITORIAL / Les tensions sont si grandes au Moyen-Orient qu’il n’était pas vraiment nécessaire d’envenimer les choses. C’est pourtant ce que vient de faire le président des États-Unis en annonçant que son pays reconnaîtrait désormais Jérusalem comme la capitale d’Israël, et que les plans sont déjà en cours pour y déménager l’ambassade des États-Unis.

La chance sourit aux audacieux, mais dans cette partie du monde, l’erreur se paie trop souvent en vies humaines. M. Trump ne joue pas pour autant à la roulette russe, puisque c’est avec la vie des autres qu’il joue aux dés.

Encore une fois, le président déplace des pièces sur l’échiquier sans trop se préoccuper de la suite des événements. Il en a fait sa marque de commerce. Le monde ne s’en porte pas vraiment mieux jusqu’ici et l’influence des États-Unis s’estompe aussi vite que son prestige. 

La politique de son administration s’appuie de plus en plus lourdement sur l’Arabie Saoudite, et ce nouveau développement en est un exemple de plus. Riyad est prêt à s’allier à Israël, sans le dire ouvertement, si cela peut l’aider à contrecarrer les visées de l’Iran. La reconnaissance de Jérusalem, promise par M. Trump en campagne électorale, s’inscrit parfaitement dans une telle stratégie. 

Ce geste ne fera cependant qu’aggraver les tensions sans offrir de gain réel pour les États-Unis, et encore moins pour le peuple palestinien. Washington ne pourra plus prétendre vouloir arbitrer les discussions, aussi fragiles soient-elles, entre Israël et les Palestiniens. L’escalade verbale est déjà commencée, et elle s’accompagnera de violences dans plusieurs pays. 

Peu de nations sont susceptibles d’emboîter le pas, et les États-Unis risquent de se retrouver encore plus isolés qu’ils le sont déjà, sous une administration chaotique et parfois irrationnelle. Ni Berlin, Londres, Ottawa ou Paris n’endossent cette reconnaissance, qui n’offre guère d’avantages ou de progrès. 

Le président a dit souhaiter, dans son allocution, une entente qui convienne aux deux parties, et il soutient que cette reconnaissance ne présume pas des limites de la souveraineté israélienne sur Jérusalem. Mais dans les faits, cette annonce ne peut qu’encourager le gouvernement Netanyahou à aller de l’avant avec l’implantation de colonies, particulièrement à l’est de Jérusalem. 

Et pour les Palestiniens, elle constitue la confirmation que Washington a fait son deuil d’une solution à deux États, pourtant soutenue par l’ONU et la plupart des pays, dont le Canada notamment. 

Un diplomate palestinien a conclu que le «président Trump vient de disqualifier les États-Unis pour tout rôle dans quelque processus de paix que ce soit». Une douzaine de patriarches des différentes églises chrétiennes de Jérusalem avaient eux aussi demandé au président, dans une lettre ouverte, de ne pas aller de l’avant. «Nous sommes convaincus que cette reconnaissance va entraîner une augmentation de la haine, des conflits, de la violence et de la souffrance à Jérusalem et dans la Terre sainte». 

Même le pape François a jugé nécessaire de demander, sans succès, aux États-Unis de respecter le statu quo, conformément aux résolutions des Nations-Unies.

Mais pour l’instant, Donald Trump a choisi de faire voler en éclats le consensus qui régnait tant bien que mal quant au statut de cette ville sainte, sans offrir aucun éclairage sur la direction à prendre pour la suite des choses. Rien d’autre que des souhaits vides de substance.