Israël: après combien de morts?

Le pire est quand l'espoir s'est enfui. Alors, ni les mots ni les bons offices ne peuvent plus rien. Malgré tout, sans relâche, perpétuellement, il faut les répéter, relancer les tentatives de médiation. C'est le devoir de tous devant un conflit comme celui opposant Israël à la Palestine ou au Hamas.
La riposte de Tsahal, décidée par le gouvernement israélien, est totalement disproportionnée.
L'administration Obama a appelé Israël à la retenue. C'était un trop strict minimum auquel, malheureusement, n'a même pas cru bon s'associer le gouvernement de Stephen Harper.
L'histoire bafouille désespérément dans cette région du monde. En décembre 2008, les bombardements menés par Israël sur Gaza en riposte aux provocations irresponsables du Hamas avaient également été démesurés.
Rappelons-le: l'État hébreu a le droit de se défendre des attaques de bandes fanatisées, qui ont déjà fait pleuvoir des pluies de roquettes sur son sol. Mais il faut dénoncer son usage excessif de la force, ce dont témoigne tragiquement le nombre de civils palestiniens tués depuis deux semaines.
L'épisode de 2008, pas plus que les précédents, n'avait réglé quoi que ce soit. On le voit aujourd'hui, puisqu'une autre guerre a éclaté, déversant de nouvelles rivières de larmes et de sang.
La mécanique infernale ne s'enrayera pas par un surcroît d'opérations militaires. Les jusqu'au-boutistes nourrissent les extrémistes.
L'objectif de parvenir un jour à une paix a besoin d'appuis sincères. La communauté internationale est malheureusement impuissante, car les pays qui la composent, comme les citoyens du monde, sont divisés. Tous ont pourtant le devoir de «voir l'autre».
Ceux qui appuient Israël sans réserve mesurent-ils réellement l'horreur qui s'abat sur Gaza? Voient-ils les effets du blocus, qui asphyxie depuis trop longtemps une population toujours plus exsangue? Voient-ils que le blocus constitue une intolérable punition collective infligée aux civils palestiniens?
Ceux qui dénoncent avec véhémence Israël depuis des lustres n'ont-ils jamais entendu des leaders du Hamas ou d'autres organisations prôner et promettre la destruction totale de cet État? Sont-ils sourds?
Ceux qui appuient toujours inconditionnellement Israël sentent-ils le désespoir des Palestiniens? Se demandent-ils parfois ce qu'eux-mêmes penseraient ou feraient s'ils vivaient à Gaza?
Ceux qui dénoncent sans cesse Israël perçoivent-ils la peur dans laquelle sont plongés nombre d'Israéliens? Se demandent-ils parfois ce qu'eux-mêmes penseraient ou feraient s'ils vivaient en Israël?
Ces questions, nous les avons déjà posées. Il faut les avoir à l'esprit lorsqu'on se penche sur cette région du monde. Avoir des opinions ne doit pas rendre sourds et aveugles.
La paix ne s'impose pas, dit-on souvent. Surtout pas de l'extérieur. Bien sûr. Mais peut-être faudra-t-il qu'une «communauté internationale» plus éveillée se penche tout de même un jour sur cette possibilité; qu'elle assortisse ses prochains plans de paix de cette menace.
Oui, il faudrait alors que les alliés d'Israël fassent aussi sérieusement pression sur lui et que ceux du Hamas contraignent fortement celui-ci, sans quoi les belligérants d'hier et d'aujourd'hui n'accepteront jamais quelque force d'interposition que ce soit.
Difficile de garder espoir. Mais il faudra sans relâche en chercher le chemin. D'autant plus que la solution est connue.
Un jour ou l'autre, la souveraineté de Jérusalem devra être partagée; les Palestiniens devront renoncer au «droit au retour» en Israël de millions de réfugiés; des colonies israéliennes de Cisjordanie devront être évacuées et la sécurité d'Israël devra être assurée.
Combien de morts encore d'ici à ce que les sacrifices politiques soient acceptés?