Intouchables places à 7 $

Quand le budget de la province est déficitaire, que des compressions sont imposées dans tous les secteurs et que la qualité des services risque d'être compromise dans les garderies, la logique commanderait de relever la contribution des parents, bloquée à 7 $ par jour depuis 10 ans. Pas au Québec où les intérêts électoraux passent avant la qualité et la pérennité des services de garde.
Ce ne sont pas des théoriciens débranchés de la réalité qui viennent de suggérer à la ministre de la Famille, Nicole Léger, d'augmenter la contribution parentale et de l'indexer par la suite. La conclusion est issue d'un chantier où se trouvaient des représentants de l'Association québécoise des centres de la petite enfance, du Conseil québécois des services de garde éducatifs à l'enfance, du ministère de la Famille et du ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire.
Mais qu'importe, la ministre Léger a repoussé cette avenue pour le moment. La raison? Le PQ a promis de ne pas hausser le tarif exigé des parents durant son mandat, voire pas avant que ne soit complété le déploiement de nouvelles places en 2016. La chef Pauline Marois en a donné l'assurance à la dernière campagne électorale.
La ministre Léger ne dispose pas encore de données pour démontrer qu'un dégel tarifaire ou l'indexation affecterait durement et injustement des familles et risquerait de nuire à l'économie en ramenant à la maison des mères et des pères. Cette fois, le gouvernement refuse de renoncer à une promesse. Elle sera réalisée même si une hausse est justifiable.
Depuis leur création en 1997, la contribution des parents pour une place en garderie a subi une hausse de 2 $ par jour. Combien de biens ou de services conserveront le même prix en 20 ans? Les sommes investies pour développer et exploiter notre système de garderies ont pourtant augmenté durant cette période. Lors de la création des garderies à 5 $, les parents assumaient 20 % de la facture. Leur part est aujourd'hui de 13,5 %. Le reste de la note, plus de 2 milliards $ par an, est défrayé par l'ensemble des contribuables.
Pas question de remettre en question l'engagement de l'État dans le développement de services de garde ou de dénaturer un système qui fait la fierté du Québec et la satisfaction des parents qui ont la chance d'y avoir accès. Les garderies à 7 $ ont favorisé une plus grande participation des femmes au marché du travail et facilitent la conciliation travail-famille. Elles offrent aussi un milieu sécuritaire et stimulant aux jeunes enfants qu'importe leur classe sociale.
Même si l'ensemble de la société en profite, elle n'a cependant pas à assumer 86 % de la facture de gardiennage à toutes les familles. Les taxes et les impôts sont aussi sollicités pour remplir d'autres missions en santé, en éducation, en environnement, en transport, en soutien social.
Évidemment, il serait bête d'augmenter la part des parents sans s'assurer que les fonds publics consacrés aux garderies sont utilisés de façon optimale. Le Chantier sur la qualité et la pérennité des services de garde et sur l'optimisation de leur financement a fait l'exercice. Ses membres préconisent le regroupement de centres de la petite enfance, des achats en groupe, un financement ajusté en fonction de normes standardisées d'efficience. Ils souhaitent aussi que le financement soit ajusté pour mieux tenir compte du taux de présence de l'enfant à la garderie. Ils réclament aussi plus de services pour les parents aux horaires atypiques.
Bref, ils ne se contentent pas de refiler une facture aux parents. Ils visent à améliorer les façons de faire pour que les parents et les contribuables en aient davantage pour leur argent. C'est cette culture qu'il faut inculquer à la Famille et dans tous les services publics. En premier lieu aux élus.