Imaginez deux semaines...

Ceux qui jouissent de bons salaires et de bonnes conditions de travail n'y pensent pas, mais 1,8 million de Québécois n'ont que la Loi sur les normes du travail comme encadrement. En cette période de congé estival, peuvent-ils - peut-on - se souvenir de tous ces citoyens qui n'ont droit qu'à deux maigres semaines de vacances payées par année?
Non, il ne s'agit pas de soutenir que les travailleurs québécois doivent tous et tout de suite bénéficier d'au moins trois semaines de vacances payées au lieu de deux après une année de travail. Un dossier avance rarement ainsi. On connaît l'argument des opposants voulant qu'on fragiliserait des entreprises déjà précaires.
Ce qu'il faut souhaiter est que nos élites politiques et économiques n'oublient pas ad vitam aeternam ce sujet. Le fait qu'il ne les touche pas directement ne justifie rien. Il y a suffisamment de Québécois concernés pour que toute la société soit interpellée. Or, personne ne se penche jamais sur cette question. À quoi bon se préoccuper des travailleurs précaires et mal payés? Deux semaines, c'est bien suffisant!
À la Commission des normes du travail, personne ne se souvient d'une réflexion là-dessus au cours des dernières années. Tout le problème est là. Pourrait-on commencer par le début : par une étude sur cette situation touchant plusieurs dizaines de milliers de Québécois?
La dernière fois que quelqu'un a suggéré de faire passer à trois semaines minimum les congés annuels au Québec, c'était en 2003. Le premier ministre Bernard Landry en avait lancé l'idée. Malheureusement, c'était à des fins électoralistes. C'était une bouée de sauvetage désespérée pour un gouvernement sortant qui filait tout droit vers les banquettes de l'opposition. Aucun parlementaire n'a jamais reparlé de ce dossier.
Il faudrait pourtant s'y attarder. Ne serait-ce que parce que le dernier changement à cet égard date de 20 ans. Et aussi pour mesurer les effets réels qu'aurait une bonification du régime pour les entreprises concernées.
Des employés plus reposés ne seraient-ils pas plus productifs et davantage attachés à leur entreprise?
L'obligation de deux semaines minimum de congé payé par année date de 1979. À ce moment-là, il fallait atteindre 10 ans de service continu dans une entreprise assujettie à la Loi sur les normes du travail pour décrocher une troisième semaine. De 1990 à 1995, l'obtention de la troisième semaine est graduellement passée de 10 à cinq ans. Depuis, plus rien.
Il est temps de revisiter le dossier. Voir si la loi ne pourrait pas être modifiée pour que tous les Québécois bénéficient d'une troisième semaine de vacances après une première année de service - entendu que cet objectif pourrait être atteint graduellement. En quatre ans, par exemple.
Il est faux de croire que les jeunes subissent plus que les autres les contraintes du régime actuel. En 2010, un «profil des salariés» assujettis aux normes minimales du travail révélait que 74 % d'entre eux avaient plus de 25 ans. De ce nombre, 29 % avaient entre 25 et 34 ans, 40 % entre 35 et 49 ans et 31 %, 50 ans et plus. Beaucoup oeuvraient dans le commerce de détail et ce qui restait du secteur manufacturier.
Pour le reste, les données sont imprécises. Il faut savoir que ce n'est pas parce que quelqu'un est assujetti à la loi qu'il n'a droit qu'à deux semaines de vacances payées annuellement (en plus des jours fériés). Une entreprise assujettie peut offrir plus. Le nombre de citoyens n'ayant que deux semaines de vacances payées est certainement moins élevé que le laisse croire le chiffre de 1,8 million de Québécois régis par la loi. Raison de plus pour corriger la situation actuelle; pour enfin tendre vers au moins trois semaines pour tous.