Identification nécessaire

Les élus fédéraux doivent prendre acte de l'arrêt de la Cour suprême statuant que l'Alberta a le droit d'exiger un permis de conduire avec photo pour les membres de la communauté huttérite. Ils doivent saisir ceci : si l'identification est nécessaire pour un automobiliste, elle l'est a fortiori pour un électeur. Un vote ne devrait pas pouvoir s'exercer le visage couvert.
Pourquoi ce lien entre deux dossiers en apparence distincts? Parce qu'un fil les relie, celui de l'identification visuelle des
citoyens. Et parce que le gouvernement Harper s'est engagé à éliminer la faille permettant à une personne de voter voilée ou
masquée.
Cet engagement a été pris en septembre 2007, au moment où la crise sur les accommodements raisonnables frôlait souvent l'hystérie.
Depuis? Rien. Les partis politiques se chamaillent.
Résultat : si des élections fédérales se tenaient l'automne prochain, des personnes pourraient voter le visage couvert.
Le problème a beau être davantage théorique que réel, il n'en est pas moins important.
Deux arguments plaident pour un changement. Le premier touche l'intégrité du processus électoral. Il ne faut pas laisser se répandre la perception qu'on peut faire n'importe quoi avec le droit de vote, encore moins
qu'on peut l'exercer n'importe comment.
Le second argument concerne les contrecoups que toute une communauté - la musulmane, en l'occurrence - peut encaisser du seul fait de l'existence de cette faille. On l'a vu durant l'automne 2007.
C'était, et ce serait encore, d'autant plus injuste que les représentants de cette communauté n'ont jamais réclamé un tel privilège. La très large majorité des musulmans le réprouvent.
Le dossier bloque à la Chambre des communes pour une raison fort simple : le projet de loi présenté par les conservateurs
corrige une faille en créant une exception.
Or, cette exception n'est pas plus admissible que la faille qu'elle veut combler. Elle permettrait aux femmes se couvrant la tête et le visage pour des raisons culturelles ou religieuses de se dévoiler seulement devant une autre femme au moment de voter.
L'arrêt de la Cour suprême relatif au refus de certains protestants huttérites de se faire photographier pour des motifs religieux doit inciter Ottawa à revoir sa position.
L'usurpation d'identité que craint le plus haut tribunal peut également se produire dans un bureau de vote.
Mais le plus important est ailleurs. Il concerne les principes qui fondent - pardon de le rappeler - notre démocratie.