François Legault

Gouverner pour tous les Québécois

ÉDITORIAL / Chaque élection envoie un double message. Les électeurs expriment une volonté, ils se choisissent un parti, un député. Mais ils font aussi le choix de ce qu’ils ne veulent pas. Cette élection est frappante en raison de la vague qui porte la Coalition Avenir Québec au pouvoir, mais aussi par son ressac, qui envoie le Parti Québécois à la dérive.

François Legault a obtenu le mandat dont il rêvait depuis des années, mais ce cadeau arrive avec des responsabilités, et des attentes, énormes. Cette victoire récompense sa vision et sa persévérance. Il a su positionner son parti là où les Québécois voulaient aller pour trouver du changement. Ils lui ont pardonné l’improvisation et l’approximation de pans importants de son programme, pas seulement sur l’immigration. 

Mais l’exercice du pouvoir ne permet pas une aussi grande marge d’erreur que celle dont il a bénéficié dans cette campagne. Lorsque viendra le temps de mettre en application ses engagements, on le jugera sur l’exécution, sur la compétence, l’efficacité. 

M. Legault a toutefois démontré qu’il était capable d’écoute, qu’il n’était pas imperméable à la critique. Ses positions le situent à droite de ses adversaires, mais il n’est pas un chef guidé par une idéologie étroite. Il sait se montrer pragmatique, et il faut espérer que cette qualité survive à cette élection qui lui a donné une majorité inébranlable. 

Le Parti libéral s’était fixé un programme strict et rigide en 2014, et il a été jugé durement cette fois par les électeurs qui y ont vu, à tort ou à raison, du cynisme. M. Legault doit méditer cet exemple et se rappeler qu’un parti au pouvoir ne représente pas que les 38 % d’électeurs qui ont voté pour lui, mais qu’il gouverne aussi pour tous ceux et celles qui ont fait un autre choix. Après tout, la véritable majorité des Québécois, c’est encore l’opposition, et ces électeurs veulent aussi être écoutés. Il ne reste plus à M. Legault que d’entreprendre la réforme promise du mode de scrutin. Mais son enthousiasme sera inversement proportionnel à sa majorité.

Philippe Couillard n’a pas mené une mauvaise campagne dans les circonstances. Il ne pouvait renier la façon dont il est parvenu à rétablir l’équilibre budgétaire. Comme premier ministre, il a su faire honneur à cette fonction, avec la dignité et l’humanisme d’un homme cultivé et respectueux. Son parti survivra sans peine à cette défaite honorable. 

Il n’en ira pas autant pour le Parti Québécois, qui doit maintenant faire un douloureux exercice s’il veut conserver sa pertinence. Cette dure défaite, qui lui fera sans doute perdre son statut de groupe parlementaire reconnu, place le parti à la croisée des chemins. Ce doit être l’occasion de faire une réflexion en profondeur s’il espère se renouveler et rajeunir sa base, à défaut de quoi le parti continuera de vieillir, inexorablement. 

Québec Solidaire a par contre remporté son pari avec, au moment d’écrire ces lignes, autant de députés élus que le PQ. Mais cette victoire a un prix. Réunis, les deux partis de gauche auraient peut-être battu le Parti libéral, et formeraient aujourd’hui l’opposition officielle, avec une formation renouvelée qui envisagerait un meilleur avenir. 

C’était le mariage entrevu par Jean-François Lisée. Québec Solidaire avait de bonnes raisons de craindre d’y perdre son identité, et peut-être valait-il mieux en effet pour les membres de construire leur propre maison. C’est en tout cas ce qu’ont pensé un grand nombre de jeunes électeurs qui voient dans ce parti ce que leurs parents avaient vu dans le PQ.

La victoire de la CAQ arrive avec des responsabilités, et des attentes, énormes