Go, les vraies affaires, etc.

La campagne électorale n'était pas encore lancée mardi que François Legault et Fatima Houda-Pepin la voulaient historique. Rien de moins. Mais pour une fois, il se pourrait bien que le terme ne soit pas trop galvaudé. Elle risque de réserver du piquant, plusieurs surprises et coups bas, cette campagne dont la première ministre Pauline Marois doit donner le signal de départ aujourd'hui.
Au cours des prochaines semaines, chaque formation politique tentera d'attirer l'attention des électeurs et des médias. L'ordre du jour et le message minutieusement préparés par chaque parti risquent cependant cette année d'être court-circuités par les audiences de la commission Charbonneau.
Si celle-ci, à la reprise de lundi, s'attaque enfin au financement illégal des partis politiques provinciaux et aux contrats octroyés par le principal donneur d'ouvrage au Québec, le ministère des Transports, certains partis et politiciens pourraient éprouver de sérieuses difficultés et devoir ajuster le tir. Et ce n'est pas seulement le Parti libéral du Québec qui pourrait voir dévier l'attention du public de ce qu'il considère les «vraies affaires». Ne perdons pas de vue que la commission Charbonneau peut retourner sur l'octroi des contrats publics des 15 dernières années. Le Parti québécois vivra donc lui aussi sur un certain qui-vive.
Comme si cet élément incontrôlable ne lui était pas suffisant, le chef libéral Philippe Couillard devra mener campagne en composant avec l'exclusion de la députée de La Pinière, Fatima Houda-Pepin. Après six mandats avec les libéraux, la seule députée de religion musulmane est candidate indépendante parce qu'elle ne partage pas la vision du PLQ sur la charte de la laïcité et l'interdiction du port de signes religieux ostentatoires par les employés de l'État.
Mardi, la députée sacrifiée ne s'est pas gênée pour attaquer M. Couillard et son candidat transfuge Gaétan Barrette. Elle a même félicité Pauline Marois parce qu'elle a réussi à imposer son «agenda» à son adversaire libéral, qui a refusé de mener le débat sur la charte. Houda-Pepin va-t-elle passer à l'histoire en convainquant les électeurs de sa circonscription de voter pour une candidate indépendante, et, pour emprunter ses mots, pour «une députée loyale et intègre, une représentante qui a la passion de servir, une députée qui a refusé de piler sur ses convictions pour une promesse de poste de ministre»? Intégrisme et intégrité. Ça promet pour les prochaines semaines.
Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, souhaite également un rendez-vous avec l'histoire. «Ça fait 40 ans qu'on se chicane entre souverainistes et fédéralistes, entre péquistes et libéraux.» Il rêve que les électeurs expriment leur ras-le-bol envers les deux vieux partis qui dépensent plus et qui taxent plus. Pour cela, il faudra que les électeurs concluent que le plan de la CAQ n'est pas uniquement un travail de sape et que l'objectif d'un Québec plus riche, plus performant, plus juste et moins étouffant pour la classe moyenne est réaliste. Cohérence et réalisme ont souvent fait défaut à la CAQ et à la défunte ADQ.
Les péquistes proposent aussi d'écrire un chapitre dans l'histoire du Québec avec leur projet de souveraineté et de charte de la laïcité qui bafoue le droit à la liberté de conscience et de religion. Deux thèmes qui vont s'imposer dans la campagne électorale, même si plusieurs voudraient qu'elle soit centrée sur l'économie et la prospérité du Québec.
La précédente élection a été marquée par la crise sociale provoquée au printemps 2012 par la hausse des droits de scolarité et l'insatisfaction après neuf années de gouvernement Charest. Cette fois-ci, c'est la crise sociale appréhendée par les choix des péquistes qui risque de susciter des débats animés.