Faire ce que l'on dit

Les députés de l'Assemblée nationale votent des dizaines de résolutions de toutes sortes chaque session parlementaire - des «motions», dans la langue du Salon bleu. Ils devraient donner suite à celles qu'ils s'adressent à eux-mêmes, ce qui pourrait finir par convaincre qu'elles valent plus que le papier sur lequel elles sont rédigées.
Un exemple probant : en novembre 2012, les députés de l'Assemblée nationale ont appuyé à l'unanimité une résolution déclarant que le montant versé au titre d'une pension alimentaire ne doit plus être amputé d'un chèque de prestation d'aide sociale.
Tous les partis, y compris celui alors au gouvernement, ont fait valoir qu'il fallait corriger cette «injustice» que subissent bien des femmes monoparentales à l'aide sociale. C'est en employant le mot «injustice» qu'ils ont décrit la situation prévalant à ce moment-là - et qui prévaut malheureusement toujours aujourd'hui, car la résolution n'a jamais connu de suite.
Le texte de la motion est pourtant on ne peut plus clair. Il stipule que le gouvernement du Québec doit agir «avec diligence et équité afin que les pensions alimentaires pour enfants cessent d'être traitées comme un revenu pour le parent créancier dans le calcul des prestations d'aide sociale».
Pour les personnes devant vivre d'aide sociale - et pour elles seules -, les pensions alimentaires pour enfants sont considérées comme un revenu de travail. Elles sont en bonne partie amputées de leurs prestations de dernier recours.
Les familles monoparentales à l'aide sociale ne touchent en fait que 100 $ par mois par enfant de la pension alimentaire versée par le parent non gardien. Les pensions alimentaires sont également calculées comme un revenu dans les programmes d'aide au logement, ainsi qu'à l'Aide juridique, ce qui a pour effet de réduire l'accessibilité à ces mesures.
Le coût de la correction a déjà été évalué à 40 millions $ par année.
Dans ce dossier, la situation est pire qu'il n'y paraît à première vue, car des projets de loi ad hoc ont été présentés au fil du temps. Ils sont aussi restés lettre morte.
Ah, c'est vrai! La résolution votée à l'unanimité ne prévoyait aucune date butoir pour régler l'injustice commise. Le mot «diligence» comporte une certaine élasticité, du moins pour qui veut le considérer ainsi.
Ce qu'il faut comprendre, c'est que les députés ne se sentent absolument pas liés par ce genre de résolutions. Ils les oublient, même.
Ce qu'il faut aussi se rappeler est que tout est question de priorité. Et que ce dossier n'en a jamais constitué une pour quiconque, sauf pour Québec solidaire.
Des résolutions - ou des «motions» -, il en existe de toutes sortes. Certaines sont présentées par un parti pour des questions de stratégie politique, voire, de tactique politicienne. Tout est bon pour passer au bulletin du soir à la télé...
D'autres résolutions sont plus solennelles. Celles qui s'adressent au gouvernement fédéral, par exemple.
La plupart, il faut l'admettre, ne peuvent avoir de suite. Elles envoient un «message» et n'ont d'autre prétention que celle-là.
Quelques-unes, par contre, engagent nos élus. Celles-là ne devraient pas rester dans les limbes. Certainement pas en tout cas lorsqu'elles sont votées à l'unanimité, comme celle ci-dessus mentionnée. Sinon, quelle valeur réelle revêt le vote de nos élus sur ces résolutions-motions?
Le dossier des pensions alimentaires versées aux mères à l'aide sociale devrait logiquement pouvoir se régler, car il est devenu non-partisan depuis ce vote unanime.
Point n'est besoin de tout réformer pour être plus crédible. Il suffit parfois de faire ce que l'on a dit que l'on ferait.