Étonnez-nous, M. Legault

ÉDITORIAL / Une «sincère préoccupation pour les défis environnementaux». Cela signifie quoi exactement pour François Legault et son gouvernement? Des phrases creuses et des vœux pieux ne pourront satisfaire les milliers de citoyens et l’opposition qui réclament des actions concrètes pour faire face à l’urgence climatique. M. Legault se dit pragmatique. Il doit vite le démontrer.

Même si les caquistes ont été élus avec le programme le plus mince en matière d’environnement, ils risquent de se créer des ennuis  s’ils pensent que la population a peu d’attente en ce domaine.

Si plus de 215 000 personnes ont signé jusqu’à maintenant le pacte pour la transition, si 50 000 individus ont manifesté par mauvais temps à Montréal, si des citoyens se regroupent autour d’une déclaration d’urgence climatique, si trois partis d’opposition s’allient pour réclamer des états généraux, si, comme le rapportait cette semaine La Presse, des tensions existent déjà au sein de son cabinet entre ministres «verts» et «économiques», le premier ministre ne peut espérer que la pression va disparaître en remettant de l’argent dans les poches des contribuables, en créant des emplois, des maternelles 4 ans ou en augmentant l’accès aux soins de santé.

Même s’ils ne signent pas le pacte de transition, même s’ils ne défilent pas dans les rues, même s’ils ne sont pas «anticapitalistes», même s’ils roulent en VUS, bien des Québécois sont conscients qu’un coup de barre s’impose.

Les canicules, les inondations, les incendies qui ravagent et causent des décès, les espèces menacées, les scientifiques qui activent la sonnette d’alarme laissent peu de gens indifférents.

Qu’entend faire le gouvernement Legault pour diminuer les gaz à effet de serre et lutter contre les changements climatiques?

Plusieurs options seraient sur la table. Mais encore? Quel est le plan de M. Legault à court, moyen et long terme? Va-t-il aussi donner au ministère de l’Environnement les mandats et les ressources pour qu’il puisse jouer pleinement son rôle?

Certes, le gouvernement est en poste depuis peu. Il ne pourra toutefois tenir longtemps un double discours.

Il trouve «très intéressants» le projet de gazoduc entre l’Ontario et le Saguenay et les «emplois payants» qui s’y rattachent. Il appuie un projet industriel polluant à Bécancour. Il veut construire d’autres barrages. Sa ministre de l’Environnement ignore si elle soumettra ou non au BAPE un projet de mine de lithium située près d’une excellente source d’eau.

Le gouvernement soutient par ailleurs que les projets devront obtenir  l’acceptabilité sociale. Or, celle-ci n’a de valeur que si elle repose sur une évaluation indépendante et rigoureuse des avantages et des inconvénients d’un projet.

Libéraux et péquistes se drapaient de vert cette semaine. Mais,  lorsqu’ils étaient au pouvoir, ils n’ont pas toujours fait preuve de cohérence et de célérité. N’ayant jamais gouverné, il est aussi facile pour Québec solidaire de jouer à fond la carte environnementale.

Plusieurs réclament aujourd’hui des actions, mais il y aura des grincements de dents et de la résistance le jour où Québec décidera enfin d’agir et d’imposer des changements dans nos modes de consommation, de transport et de production.

Au lieu de s’exposer constamment aux critiques, le gouvernement caquiste aurait intérêt à opter pour une approche transpartisane et à répondre aux citoyens inquiets des changements climatiques.

Vaut mieux pour M. Legault que les Québécois se mobilisent avec lui pour répondre à l’urgence climatique — un défi collectif et pour le bien commun — que contre lui et son gouvernement. Ne veut-il pas incarner le changement?