Donald Trump alors qu'il embarque à bord du Airforce One.

Êtes-vous raciste, Monsieur Trump?

ÉDITORIAL / Cette ahurissante question a été posée, la semaine dernière, à celui qui occupe la Maison-Blanche. Il venait tout juste de signer une proclamation pour honorer la mémoire de Martin Luther King...

La réponse est: oui!

C’est le président qui a lui-même dissipé les derniers doutes quand, devant d’autres élus à la Maison-Blanche, il a qualifié Haïti et les pays africains de «pays de merde», disant préférer l’immigration venant de «pays comme la Norvège». Le langage était aussi limpide que répugnant. 

La question que soulève la conduite de cet homme, pour le système politique américain, est la suivante: À quel moment un élu cesse-t-il d’être digne d’être président des États-Unis? Où le Parti républicain trace-t-il la ligne entre ce qui est acceptable et ce qui est inadmissible, intolérable, voire obscène? 

Combien de peuples doit-il rabaisser, humilier, avant que le Parti républicain réalise que son âme est en train de se corrompre, qu’elle se dissout chaque jour un peu plus dans l’acide qu’il sécrète avec chaque nouveau tweet? 

Plus rien ne nous surprend de Donald Trump désormais. Rien! Mais ce serait une grave erreur d’en conclure qu’il est inutile de se révolter, impossible d’être horrifié pour autant. Au contraire, il est plus que jamais nécessaire de dire les choses comme elles sont, de ne pas avoir peur de les nommer et de les dénoncer avec fermeté. 

Le président des États-Unis est un menteur, un idiot et la semaine dernière, il a confirmé au monde entier qu’il était raciste par-dessus le marché. Peu de gens croyaient le contraire, remarquez, depuis Charlottesville. Mais pour sauver les apparences, on acceptait de faire semblant, de lui donner le bénéfice du doute, une certaine présomption d’innocence. Cela n’est plus possible.

Les États-Unis valent pourtant mieux que ça, beaucoup mieux. Mais les élus républicains s’accrochent à leur président comme un opiomane à sa dose de fentanyl. Dans un cas comme dans l’autre, l’issue risque d’être la même. Ce poison-là est fatal. 

La lâcheté et la soumission des membres du Congrès autorisent la descente aux enfers à laquelle on assiste, stupéfiés, depuis maintenant un an. Et le monde entier va en payer le prix. 

Les élus ont pourtant un pouvoir que rien ne peut leur ôter. Ils et elles peuvent dénoncer chacun de ses mensonges, s’élever contre le racisme qu’il est en train de raviver à l’intérieur même des institutions.

Le pays arrive à un tournant, dans sa résistance contre ce président inculte, avec la sortie du livre de Michael Wolff, Fire and Fury, qui décrit de l’intérieur les premiers mois d’une administration dysfonctionnelle. L’ouvrage remporte un succès inespéré, avec plus de 1,5 million d’exemplaires vendus jusqu’ici. 

Des centaines d’articles et de fuites avaient pourtant décrit la même réalité, mais le livre réunit ces morceaux du casse-tête dans un récit linéaire, comme la fable d’Andersen, pour démontrer que cette présidence est une imposture et que le président est bel et bien nu. 

«Il a remporté la course à la présidence, mais son cerveau semble incapable d’exécuter les tâches qui sont essentielles à ses nouvelles fonctions», constate Wolff dans une phrase assassine parmi plusieurs autres. 

L’enquête du procureur spécial Robert Mueller permettra peut-être de crever cet abcès, mais une chose est sûre, le Parti républicain ne peut pas compter sur lui pour sauver son âme. Elle est déjà damnée.