Et après le G7?

Au terme d'une rencontre au sommet de La Haye, lundi, les pays du G8 ont décidé de «punir» la Russie pour son intervention en Ukraine en l'excluant du groupe des puissants. Pas sûr que cette nouvelle sanction empêche le président Vladimir Poutine de dormir.
Le G8, faut-il le rappeler, n'est qu'un club, celui des pays riches, peut-être, mais club quand même. Il n'est pas une instance formelle et n'a pas de capacités décisionnelles effectives. Prise isolément, donc, l'exclusion de la Russie du G8 n'est pas une tragédie pour celle qui avait été admise dans la bande sur le tard, en 1998. Il s'agit surtout d'une mesure symbolique qui s'inscrit dans la vaste opération de communication menée par les États-Unis, le Canada, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie et le Japon depuis l'annexion de la Crimée par la Russie. Une stratégie joliment qualifiée de «gesticulation verbale» par le spécialiste géopolitique français Yves Boyer sur 20minutes.fr, lundi.
Une exclusion du G20 ferait bien plus mal à la Russie, mais elle serait autrement plus difficile à obtenir: plusieurs pays membres comme la Chine et l'Inde ne se passeraient pas du Kremlin. De la même façon que la Russie ne pourrait être facilement expulsée d'autres organisations internationales.
Les sanctions ciblées contre des personnalités russes ou pro-russes adoptées la semaine dernière par les pays du G7 n'ont également que peu ou pas d'effets sur l'attitude du gouvernement de Vladimir Poutine.
Il faut cependant comprendre que ces mesures, comme celle prise lundi à La Haye, se veulent des réponses graduées à l'intervention russe en Ukraine. Et que le G7 réfléchit à des sanctions économiques plus importantes... tout en souhaitant ne jamais avoir à les appliquer.
Car ces sanctions risqueraient d'avoir un effet boomerang, ou perdant-perdant, particulièrement pour l'Union européenne. La Russie, premier producteur de pétrole au monde à l'économie peu diversifiée, joue un rôle important dans les échanges commerciaux internationaux. Des sanctions à l'encontre de son économie pourraient avoir de sérieuses conséquences sur les marchés, notamment sur le prix du pétrole.
Le G7 sait aussi qu'il ne pourrait étouffer le régime de Poutine en le coupant purement et simplement du système financier international - comme il l'a fait, sans réel succès, pour l'Iran - sans risquer de le voir se tourner encore plus vers les économies émergentes. Or il n'est pas précisément dans l'intérêt du G7 de voir l'économie mondiale se multipolariser davantage (alors que la Russie de Poutine, elle, n'a pas trop de mal à s'imaginer au coeur d'une Union économique euro-asiatique).
Mais on s'éloigne. Ce qu'il faut retenir, c'est que le G7 doit être extrêmement prudent dans le choix de ses sanctions.
À travers l'annexion de la Crimée russophone, Poutine cherche à restaurer la puissance de son pays en Europe. Il s'agit d'un signal ferme, désespéré selon certains observateurs, de la part du Kremlin quant à sa volonté de rétablir un certain équilibre dans les rapports de force. Sans être le prélude à une nouvelle guerre froide, la crise ukrainienne témoigne sans contredit d'un grave problème de relations entre la Russie et l'Occident, le pire depuis l'effondrement de l'Union soviétique, en 1991.
Cela étant, la Russie, pas plus que l'Occident, ne veut d'une guerre en Ukraine. Reste à voir jusqu'où iront les visées expansionnistes de Poutine. Et si les efforts diplomatiques, qui se poursuivent malgré la valse des sanctions, suffiront à le convaincre de s'arrêter à l'annexion de la Crimée.
Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'en attendant la fin de cette singulière partie d'échecs, où la Russie et l'Occident ne respectent clairement pas les mêmes règles, le système financier et économique de l'Ukraine poursuit sa chute à une vitesse vertigineuse.
Rien pour arranger les choses, quoi.