Québec s’est fixé l’objectif que 100 000 véhicules électriques ou hybrides sillonnent les rues en 2020. À la fin de septembre, le Québec comptait 8864 véhicules électriques et 10 569 véhicules hybrides rechargeables, soit 0,4 % de la flotte des véhicules personnels.

Énergie: prêt pour une révolution?

ÉDITORIAL / Les Québécois consomment abondamment essence et diesel, acquièrent des véhicules toujours plus gros et des maisons plus grandes, annulant ainsi les gains réalisés en efficacité énergétique. S’ils décalaient le moment où ils utilisent l’électricité, Hydro pourrait davantage en exporter et éviterait de devoir construire d’autres barrages. En 2018, les formations politiques doivent formuler des propositions pour accélérer des changements de comportement, plutôt que de faire croire que le Québec peut atteindre ses objectifs de réduction des émissions de GES sans rien changer.

On déplore souvent que les politiciens parlent des deux côtés de la bouche. Ils disent prendre le virage vert pour sauver la planète, mais ils continuent par ailleurs de promouvoir l’exploitation des hydrocarbures et encouragent trop peu la transition énergétique. Ils sont à l’image des citoyens qu’ils représentent.

La Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal a publié récemment son bilan annuel de l’État de l’énergie au Québec et observe une fois de plus l’écart entre le discours vert et la réalité au quotidien.

La transition énergétique est encore timide et il faudra un réel coup de barre pour que les cibles de réduction de gaz à effet de serre soient atteintes en 2020 et 2030.

«Les données rendent à l’évidence l’incohérence entre nos habitudes de consommation d’énergie et l’atteinte des cibles», note le coauteur du rapport et professeur titulaire de la Chaire, Pierre-Olivier Pineau.

Laissons parler les chiffres. Depuis 1990, le nombre de véhicules par 1000 habitants augmente de façon constante. Les ventes d’essence affichent aussi une hausse de 8 %. Qui plus est, les Québécois sont depuis 2009 pris d’un engouement pour les camions légers plus énergivores que les voitures.

Québec s’est fixé l’objectif que 100 000 véhicules électriques ou hybrides sillonnent les rues en 2020. À la fin de septembre, le Québec comptait 8864 véhicules électriques et 10 569 véhicules hybrides rechargeables, soit 0,4 % de la flotte des véhicules personnels, lit-on dans le bilan. C’est dire tout le chemin à parcourir d’ici deux ans. La mise en œuvre de la norme véhicules zéro émission annoncée lundi ne suffira pas.

Et ce n’est pas que sur les routes que les Québécois sont invités à faire les choses autrement. M. Pineau et Johanne Whitmore estiment que si les consommateurs d’électricité arrivaient collectivement à décaler dans le temps certains usages, des milliers de mégawatts de puissance pourraient être économisés, exportés à prix plus avantageux et la construction d’autres centrales électriques deviendrait inutile. 

Selon les auteurs, une transition énergétique ne suffit pas. Il faut envisager une «révolution». Les formations politiques ne pourront pas passer à côté lors de la prochaine campagne électorale.

Libéraux et caquistes ont déjà exposé leurs différends. François Legault n’a pas prisé que Philippe Couillard soutienne que l’ère de la construction de grands barrages est terminée. Selon le chef de la CAQ, il s’agit là d’un virage irresponsable, inquiétant et non fondé. La CAQ veut une Baie James du XXIe siècle.

Des désaccords s’étaleront aussi sur l’exploitation des hydrocarbures. Le dossier devient de plus en plus sensible. Outre les groupes environnementaux, des directeurs de santé publique, des municipalités et l’UPA ont exprimé des réserves.

Transition énergétique Québec présentera au printemps un plan directeur en transition, innovation et efficacité énergétique. On verra vite si du côté des libéraux, la volonté de  jeter les bases d’un «nouveau Québec» vaut aussi pour le secteur de l’énergie.